dimanche 10 novembre 2019

Par les routes de Sylvain Prudhomme

LIVRE

J'avais hâte d'ouvrir un roman dont la figure centrale est un "autostoppeur".
J'ai moi-même abondamment pratiqué ce moyen de déplacement,quand j'étais étudiante,mais aussi lors de voyages,voire même dans ma propre ville.
C'est facile,ça ne requiert rien de particulier,ça demande juste une certaine dose de patience.Confiance aussi qu'à un certain moment,vous allez être embarqué vers votre destination.
Bref,lecture tentante et prometteuse.
Et en effet,l'autostoppeur,ami de longue date du narrateur,Sacha est un passionné de ce "sport".
Ce sont les rencontres qui l'intéressent,les échanges qui ont lieu dans l'habitacle,l'histoire de ces conducteurs (parfois aussi conductrices) avec qui on partage de façon éphémère un vécu,une vérité ou rien...On peut aussi se taire ensemble,bien que ce soit plus rare.
C'est l'humain qui le transporte,dans tous les sens!!!
De retour de ses frasques,de ses expéditions,il partage avec Sacha et les siens les moments sublimes,pathétiques ou ordinaires qu'il a vécus (joli chapitre 13 où les phrases commencent par "Est-ce que je t'ai raconté"...?)
Il leur montre des photos aussi en les commentant abondamment...
Extrait:
"Il aimait les autoroutes. La glissade des autoroutes. L'impossibilité de faire marche arrière. Sur l'autoroute on ne se retourne jamais, il disait. 
Pas de place pour le repentir. On s'arrête le temps de franchir un péage, de refaire le plein. Et on repart. Marche avant, toujours. On avale l'espace.On le vainc. On le mange. Arrivée prévue dans 5 heures et 7 minutes...
Ce n'est plus de l'espace. C'est du temps. Une pure quantité de temps qu'on regarde fondre. Il y a ceux qui se tiennent au bord du fleuve, il répétait. Et il y a ceux qui sont le fleuve. Il soutenait que c'était la petite ferme située de l'autre côté de la rambarde qui ratait la France, certainement pas lui."p108. 

L'écriture est naturelle,déliée,simple...mais ces qualités suffisent-elles à maintenir l'intérêt du lecteur?...Pas sûr.
Au fur et à mesure de la lecture,les rebondissements mineurs (cartes envoyées,coups de tél surprise) et quelques soubresauts narratifs ne parviennent pas à effacer un rythme assez répétitif:ce sont les mêmes départs,les mêmes retours de l'autostoppeur,à force,ils deviennent lassants.La monotonie s'installe et on ne regrette pas de refermer un roman qui n'a pas tenu toutes ses promesses.

lundi 28 octobre 2019

LE DERNIER THRILLER NORVÉGIEN de Luc Chomarat

LIVRE

L'écrivain s'est amusé à parodier les polars nordiques.
Au-delà de l'exercice de style,du plaisir du pastiche,de quoi s'agit-il?
Un éditeur parisien fraîchement débarqué à Copenhague va se retrouver dans un imbroglio policier où lui-même se révèle un suspect potentiel.
Ensuite,c'est une série d'aventures rocambolesques,de scènes absurdes et délirantes.
Cela fourmille de clins d'oeil aux auteurs:Jo Nesbo,Hennig Mankell...On y retrouve un policier Willander,un autre Bjonborg...L'éditeur s'appelle Delafeuille...
C'est du lourd,...du très gros lourd!!!
Un humour qui plaît sûrement à beaucoup,mais qui m'a laissée de marbre.
C'est too much.
Le style est léger,branché,parfois vulgaire...Un exemple:

"- Votre sens de la litote commence à me courir, Holmes.
- Ta gueule, Delafeuille.
- Putain de ta race. Je vais t'arracher les couilles.
- Ne vous laissez pas manœuvrer. Ces dialogues à l'emporte-pièce, de la dernière vulgarité, ne nous ressemblent pas. Il tente de nous priver de nos traits caractéristiques, de nous faire disparaître en tant que personnages crédibles et unifiés.
- J'essaie de me ressaisir mais c'est difficile.
- Tenez bon.
- C'est pas stable. Chaque phrase qui s'amène trimballe un danger potentiel.
- Oui, c'est très passionnant, d'un point de vue littéraire.
- On est presque dans le cadavre exquis.
- Pas mal pour un polar, même nordique.
- Ta gueule, Holmes.
- Tu n'es qu'un fils de pute, Delafeuille. Je vais t'enfoncer le canon d'un 357 dans le cul.
- Fait chier. Non seulement nous perdons de notre crédibilité, mais il essaie de semer la zizanie entre nous",p100 


Bref,comme on dit:Faites-vous votre propre opinion.

 Voici l'extrait d'un avis lu sur le site de Babelio (paleoliticgirl) qui dézingue le roman:
" ... à un effet de mode mais personnellement, je n y ai vu que quelque chose de mal écrit, avec des répétitions inintéressantes et chiantes, une histoire sans queue ni tête dans laquelle la réalité et la fiction sont tellement liées que plus aucune des deux n' en restent crédibles, le tout assaisonné à la sauce termes anglais,en veux-tu en voilà.... On a, à un moment une apologie des marques..."
 

vendredi 25 octobre 2019

Le sosie d'Adolf Hitler de Luigi GUARNIERI,2017

LIVRE

Le roman de L.Guarnieri,traduit en français en 2017,est né d'une troublante question.
Est-ce vraiment Hitler qui s'est suicidé dans le bunker de la Chancellerie,le 30 avril 1945?
Ou bien un de ses sosies?
L'écrivain"imagine" ( c'est bien un roman!!!) qu'une opération,nommée Opération Janus,est créée en février 1945.
Il s'agit de chercher des sosies pour pallier les défaillances,absences de plus en plus fréquentes du Führer et préparer une éventuelle doublure dans les apparitions publiques.
On choisit notamment un certain Mario Schatten,musicien aguerri,on l'enferme à la Chancellerie,le tenant ainsi au chaud en cas de nécessité ...ou en cas de fuite d'Hitler.
En effet,les Russes se rapprochent dangereusement de Berlin qu'ils investiront début mai.
On fait subir au malheureux les transformations physiques nécessaires et surtout,un douloureux arrachage de dents afin de les remplacer par les bridges d'Hitler,car ,en cas de décès,les dents sont seules à même de certifier l'authenticité du défunt.

La vérité historique des derniers instants d'Hitler est interrogée et racontée avec brio.
Description des attitudes,réactions de l'entourage dans le bunker,mais aussi précisions sur les corps d'Hitler et d'Eva Braun.(Chapitre intitulé:"HITLER KAPUTT"!!!,p173 à 202.)
Les questions sont légion:sont-ils morts par balle ou brûlés ou se sont-ils empoisonnés au cyanure comme beaucoup de responsables SS?
Ou y a-t-il eu une mise en scène après-coup des Russes?
Un agent secret imaginé par l'écrivain mène une enquête qui va le mener en Amérique du Sud où il interroge le SS responsable de l'Opération Janus à l'époque,un certain Egon Sommer...ensuite,il rencontre la dentiste qui aurait fabriqué les bridges d'Hitler.
Il cherche aussi à contacter la fille de Mario.Il s'avère que séparée de son père enfant,elle a été maltraitée et est internée dans un hôpital psychiatrique...Terrible.
Enfin,les Russes qui ont arrêté le dit Mario croient mordicus que c'est bien Hitler et le torturent pour qu'il avoue ,en vain...Il est envoyé au Goulag dont l'écrivain ne nous épargne aucun détail.Travail harassant/faim/nourriture insuffisante/froid insupportable...(p267à 300)
Le malheureux tentera de s'enfuir et mourra gelé...Terrible.
C'est donc une enquête passionnante,souvent dramatique qui est proposée au lecteur.
Comme dans d'autres romans*,l'écrivain italien brode à partir de faits ou de personnages historiques et il le fait avec originalité et dans un style très abouti.
BRAVO***

*(dans d'autres romans,il s'est inspiré d'un tableau de Rembrandt "La fiancée juive" ...et aussi du célèbre faussaire de Vermeer,le fameux han van Meegeren.
L'écrivain,chaque fois,se documente abondamment sur le sujet qu'il traite.)
Il faut aussi épingler un portrait d'HITLER,p237 à 240...Un Hitler "charlatan mégalomane".
 

mercredi 16 octobre 2019

Les génériques de QUENTIN TARANTINO



 LES GÉNÉRIQUES de Quentin Tarantino***

A l'occasion de la sortie de Once upon a time... in Hollywood,la chaîne ARTE* (lien en bas de la publication),émission Blow up a consacré une publication de +/- 10 minutes aux génériques des films de Tarantino,caractéristiques des goûts du cinéaste,bien sûr.
C'est l'occasion de revoir quelques débuts et leurs clins d'oeil au 7ème Art.
Le long travelling de Jackie Brown qui marche dans l'aéroport...
Uma Thurman au volant,au début de Kill Bill...



                              Pam  Grier       
                            
                            
             
                                                              Uma Thurman                                                                              


Quelques actrices et acteurs,complices du cinéaste:
  
 

                                    
 Samuel L. Jackson.....John Travolta...Harvey Keitel...
               


*Voici le lien d'ARTE:
 https://youtu.be/XT0OGuLybZo

LES INVISIBLES de Roy Jacobsen

LIVRE***

C'est un défi de raconter une histoire à la fois si poétique et riche en rebondissements.
Défi relevé.
Ce roman est d'une poésie absolue assortie de descriptions précises et minutieuses,alliant pudeur et puissance des émotions:
Exemples:
"C'était comme s'il pleuvait à l'intérieur d'elle--même,le ciré ne servait à rien."p100.
 "Et Ingrid sentit cette force que seul un oiseau connaît,quand il est perché sur le sommet d'une montagne,les ailes déployées,et sait qu'il peut laisser le vent faire le reste."p204 

Le temps s'arrête sur cette île norvégienne où vit une famille confrontée aux tempêtes dévastatrices,à l'hiver implacable,aux aléas de la pêche...
Ils dépendent de quelques bêtes pour survivre...,de la récolte de la tourbe (p106) pour se chauffer,de l'adresse du père Hans qui fabrique des chaises (p133),construit un ponton où accostent de rares embarcations...
Et puis la mère Maria qui se tait dans toutes les langues et la fille Ingrid,impétueuse,solitaire qui grandit et comprend vite les enjeux,les silences...
Elle est la figure centrale du roman.
"Ingrid se leva et,par la fenêtre vit ses parents marcher côte à côte dans les prés...
Ils discutaient.Son père enlaçait sa mère...ils marchèrent main dans la main,se lâchèrent la main...Ingrid n'avait rien vu d'étrange,elle n'avait rien vu qu'elle ne comprenait pas,elle avait vu quelque chose qu'elle n'oublierait jamais."p103. 

Grande économie de style qui caractérise tout le roman.
L'écriture est sèche,fulgurante.
On ne s'attarde pas ,on ne commente pas,on décrit,on dit les faits et on avance.
Vraiment,une grande réussite littéraire***
Le roman a été traduit en 2017 en français,il est sorti en éditions de poche,7,40€.


 

vendredi 11 octobre 2019

Nouvelles morales provisoires de Raphaël ENTHOVEN

LIVRE

Après "Morales provisoires",2018...
Voici les "Nouvelles morales provisoires"qui reprennent le principe du précédent ouvrage:prendre distance avec l'actualité,en la questionnant,en la passant au crible,en prenant parfois le contre-pied de l'opinion ambiante,du consensus général.
Ce sont des sujets d'actualité de tous genres qui sont ainsi scannés.
Prises de position et attitudes d'hommes politiques (Hollande et Mélenchon sont 2 clients de choix...),de journalistes,débats moraux comme la PMA...,des innovations technologiques comme la puce sous la peau ou l'émoticone...et bien sûr,des analyses plus philosophiques sur l'art/la liberté,p293/le "Notre Père"p287/la victimisation,p167/Épicure,p182...
Il évoque aussi la magie du passé simple,p232.
(Voici le lien pour écouter cette magnifique chronique:
https://youtu.be/aNN0JmlHmGI)

On l'aura compris,les sujets sont d'une extrême variété.
L'écriture est vive,efficace.Comme il s'agit de très brefs chapitres 2/3 pages maximum qui à l'origine ont été diffusés sur Europe 1,on ne se lasse pas.
Parfois,on se prend à sourire: la description des consignes de sécurité*** qui nous attendent à chaque décollage est hilarante et... poétique.Oui,oui.
Voici:
... ce n'est plus une obligation légale et fastidieuse que l'on contemple,mais une danse,un haka,un moment de nô...La chorégraphie qu'un automate offre à un aveugle en signe de bienvenue." p417.

Et à propos d'Épicure:"Tout est matériel,même les idées sont des atomes qui s'indignent" !!!...J'adore.

 

 

jeudi 10 octobre 2019

WERK OHNE AUTOR ou Never Look away ou "L'oeuvre sans auteur de Florian Henckel


FILM ***
Ce film a la pureté du cristal.
Réalisé par l'auteur du magnifique "La vie des autres",2006 où un capitaine de la Stasi qui mettait sur écoute un auteur de théâtre et sa famille,peu à peu vire de bord et supprime les éléments compromettants.Belle rédemption.
Le film fut récompensé de l'Oscar du meilleur film international.

Cette fois encore,c'est l'Allemagne nazie,puis communiste qui constitue la toile de fond du film.C'est l'histoire de Kurt, jeune artiste qui d'abord imprégné de la culture artistique de l'Est passe à l'Ouest en 1961 et découvre une tout autre expression artistique.
Il tombe amoureux de la fille d'un médecin ex-nazi,passé sous protection communiste qui a un lien direct avec un drame que l'enfant a vécu et qui le hante.
Intériorité absolue du personnage principal***
Sa rage retenue,sa tension exploseront dans la création artistique.
Grand bonheur de pouvoir assister en temps réel à la genèse d'un tableau,à la fin du film.
                                    




Le film évite les poncifs,les clichés sur l'art.Le prévisible n'advient jamais.C'est parfait.
Il semble que le cinéaste allemand se soit librement inspiré de la vie du peintre Gerhard Richter.