lundi 12 août 2019

L'amour est aveugle de William BOYD

LIVRE

Un bon roman d'amour qui se lit facilement.C'est parfait pour l'été.
L'écrivain,auteur de nombreux romans nous propose un voyage à travers l'Europe à la fin du 19ème siècle.Le héros,Brodie,accordeur de talent,originaire d'Edimbourg accepte avec enthousiasme un emploi à Paris où sa réputation se confirme rapidement.
Les propositions abondent pour accorder les pianos d'artistes célèbres et l'entraînent dans différentes villes dont Saint-Pétersbourg et Nice.Une belle aventure sentimentale,un amour traqué,un mari jaloux,un duel fatal...voilà les ingrédients parfaits d'un récit à rebondissements et péripéties diverses.
Une histoire de "bruit et de fureur" dans un contexte de fin de siècle où l'on entend le pas des chevaux,où l'on hume la fumée d'un tabac écossais et où les datchas sont ces îlots de plaisir et de langueur...avec comme ennemi tapi dans l'ombre,une maladie non encore maîtrisée,la terrible tuberculose.

dimanche 4 août 2019

NUITS APPALACHES de Chris OFFUTT

LIVRE

Cet écrivain américain nous raconte une histoire terrible,attachante que l'on reçoit en pleine figure.On est d'emblée captivé par le destin de ce jeune homme,Tucker qui revient de la guerre de Corée et regagne sa terre natale,le Kentucky.
Les événements se précipitent,les rencontres sont "hard"...Tucker sait ce qu'il veut et comment il le veut,personne ne se mettra en travers de sa route.
Pas de quartier pour un oncle abuseur,ni pour un conducteur qui tente de l'arnaquer.
La rencontre de Rhonda sera décisive pour la suite du récit. 
L'écriture est sèche,directe,brutale même...ça avance comme un courant fort,implacable.
Jamais on ne s'appesantit,jamais on ne commente.
C'est aussi une très étrange alchimie entre sensualité et violence,car les armes ne sont jamais loin:couteaux,crans d'arrêt,fusils,revolvers derringer...Notre héros revient de la guerre et il en a vu d'autres.
Même s'il est resté sensible à l'émoi de la nature:insectes,plantes,arbres.On évoque l'orage,les lucioles,les sauterelles,les tortues...
Exemples:
"Il n'avait jamais compris la peur de l’orage. C’était juste de l’eau. La moitié de la planète était faite d’océans et de lacs et de rivières, et il avait entendu que les humains étaient largement composés d’eau eux aussi. Pour lui, le tonnerre intervenait quand deux nuages se percutaient. La foudre naissait de leur friction, comme les étincelles lorsqu’on frotte deux cailloux, et la pluie était une sorte de sang qui s’écoulait des nuages blessés. Il respirait paisiblement. L’orage allait passer et ça ne lui faisait ni chaud ni froid."

" Les lucioles scintillaient au ras du sol. Il avait entendu dire que c’étaient les femelles qui s’illuminaient afin d’attirer les mâles, un comportement logique pour un insecte qui ne sortait que la nuit. Les flancs de collines escarpés de chaque côté du ruisseau bloquaient la lumière des étoiles."

" Une sauterelle atterrit sur son avant-bras et il admira son corps vert soyeux, ses pattes dentelées et ses ailes délicates. Elles étaient plus jolies que les criquets et ne vous pissaient pas dessus comme les grenouilles."

Les lieux,les Appalaches,la nature si présente,tantôt hostile,tantôt généreuse pour qui sait l'apprivoiser ne sont pas sans rappeler les romans de Ron Rash***,notamment "Un pied au paradis" qui m'a emballée.
Décidément,les éditions Gallmeister*** ont l'art de mettre à l'honneur de vrais talents littéraires,on peut leur faire totalement confiance.

vendredi 26 juillet 2019

So Long,my son de Wang Xiaoshua,cinéaste chinois

FILM

FILM MAGNIFIQUE***
Fort, intense,dur aussi... autour d'un drame familial dont on veut comprendre la clé.
Nécessaire longueur du film (3h) pour mettre en place un contexte,une évolution/rupture entre passé et présent.
Un cinéma qui laisse s'installer chaque plan, chaque instant...une lenteur jamais ennuyeuse.
Extrême pudeur, sobriété dans l'expression des sentiments.
Le couple central est criant de vérité.
Deux interprètes talentueux, légitimement récompensés par 2 prix d'interprétation au festival de Berlin.


Le film du cinéaste chinois n'est pas dépourvu d'implication politique.
En effet,cette fresque qui s'étend sur 30 ans écorne la toute-puissance du système chinois,la politique de l'enfant unique imposée à chaque famille,si inhumaine et dévastatrice.
On peut aussi être sensible à la dimension métaphysique du film,en retirer une sorte de morale:quatre axes s'y retrouvent.
D'abord la faute et son corollaire la culpabilité.Plus tard dans le récit...,l'aveu et le pardon.
L'ambiance générale pourrait être celle d'un film russe à la Dostoïevski.










mardi 23 juillet 2019

EN CAS D'AMOUR de ANNE DUFOURMANTELLE




 LIVRE*** Coup de Coeur 💓

Ce livre plein d'humanité,de finesse, d'intelligence rend totalement accessible la pratique psychanalytique.
Ce lien si particulier entre deux personnes, l'une qui écoute, l'autre qui vient "déposer" (sic) son vécu,son enfance à vif,ses peurs,ses blessures,ses insuffisances...et surtout un immense espoir d'aller mieux.
Cette rencontre est l'objet du livre divisé en courts chapitres, séances où l'analyste,A.D., écoute, parvient parfois à dénouer les nœuds, à libérer du non-dit, à relier aux générations précédentes...surtout écoute...


C'est passionnant, c'est interpellant aussi.
Franchement,si l'humain vous intéresse,il est pour vous,ce livre.

Il vous fera entrer de manière originale dans le monde de l'inconscient,des rêves...
C'est un traité de vie...et puis c'est tellement bien écrit.
Un livre de salubrité publique,marqué par la grâce.


Quelques extraits:

L'inconscient:"L'inconscient est une instance logique.
Il joue plusieurs coups d'avance sur l'échiquier.
Il tient en respect plusieurs menaces à la fois et vise à obtenir le maximum de satisfaction en tenant compte de l'adversaire."p60. 

Les rêves: "Il est pourtant extrêmement troublant de se pencher sur les rêves.
Leur précision,leur texture,leur résonance intime,le matériel inouï qu'ils mettent parfois à la disposition du rêveur en allant chercher des lieux oubliés,des prénoms d'une précision absolue appartenant à quatre générations passées,un savoir historique à peu près totalement enfoui,me font penser qu'ils sont des indicateurs de notre psyché [...]
Si nous écoutons le message,si nous sommes attentifs à leur valeur....le relief de notre existence s'en trouve accru,intensifié,magnifié..."p71.

Encore les rêves:"Les rêves nous transmettent ce savoir des lieux,tous ceux qui nous ont bouleversés,traversés acquièrent en rêve une singulière importance,une force certaine.
Notre fidélité ou infidélité aux lieux dit la manière dont nous habitons le réel et la vie..."p154.

L'enfant en nous:"Dans chaque adulte,il y a un enfant et dans chaque enfant,un guerrier.Un enfant plus ou moins abîmé qui n'oublie pas.
N'oublie jamais la terreur qui l'a traversé et l'attente qui l'a porté.
Nous les grandes personnes,sommes redevables envers cet enfant-là qui en nous porte cette mémoire..."p168.

L'enfant abandonné!:"L'enfant abandonné,c'est celui qu'on ne cherche pas et qui à la fin du jeu de cache-cache sort de sa cachette en disant à la cantonnade:
tant mieux,de toute façon,je voulais pas qu'on me trouve."p122. 
Terrible!!! 
  


 



lundi 8 juillet 2019

La vie avec LACAN de Catherine Millot

LIVRE

Catherine Millot a été la dernière compagne de Lacan.
En 2016,encouragée par Philippe Sollers,elle raconte cette vie avec Lacan.
Leur rencontre,l'analyse,les voyages,les amis proches dont François Cheng,...et bien sûr la personnalité de Lacan.
Le texte est à la fois personnel et pudique et Lacan se dessine au fil d'anecdotes,d'aventures,de rencontres,mais aussi dans le quotidien.
On découvre un être d'une grande simplicité,travailleur infatigable (il recevait en analyse de 8h à 20h!!!).Il faisait preuve de bienveillance et de beaucoup de générosité.
Il aimait les rituels,celui du restaurant presque chaque soir,il évoquait peu le passé,ne mentionnait pas de souvenirs.Il avançait dans la vie animé d'un désir"dont la force ne cessait de m'impressionner" dit-elle...un vrai bélier,né le 13 avril.
Il aimait skier,conduisait vite,très vite,trop vite?
Il lui fit découvrir les villes italiennes,en particulier Rome,ses églises,ses restaurants,ses prélats!...les oeuvres du Bernin qu'il affectionnait particulièrement.

Le récit évoque en passant la pratique psychanalytique,les congrès en Italie,Espagne,Hongrie où elle l'accompagne,les Séminaires,notamment le célèbre Séminaire XX "Encore" qui porte sur la féminité.C'est à cette époque qu'il s'intéresse aux fameux noeuds borroméens,les 3 dimensions de sa théorie:le réel,le symbolique et l'imaginaire.

                                     

                       
Pour ceux qui connaissent bien Lacan,sa vie,sa pratique,
le livre est un témoignage personnel sur celui qui a fait accéder la psychanalyse freudienne au structuralisme.
Pour le lecteur moins initié,c'est une manière légère et intéressante de découvrir qui était Lacan.

On peut regarder avec intérêt un documentaire réalisé par Gérard Miller en 2011 sur Lacan.
Des analysants parlent, évoquent leur perception de ce grand psychanalyste.
Lien: https://www.youtube.com/watch?v=gdg0822u3pA

vendredi 5 juillet 2019

La solitude CARAVAGE de Yannick Haenel

LIVRE

Coup de coeur***

Il est des lectures qui nous transportent,des phrases qui invitent à l'arrêt pour en restituer la petite musique si singulière.
C'est le cas pour le dernier livre de l'écrivain. 
Il nous raconte sa "rencontre" avec une oeuvre de Caravage alors qu'il a 15 ans,un vrai coup de foudre pour cette Judith,héroïne d'un tableau qu'il ne voit pas dans sa globalité et son contexte si tragique.
C'est cette passion,ce choc pictural et affectif pour ce peintre hors norme qui nous sont contés.
Yannick Haenel traverse la peinture du Caravage,il la décortique,la commente,met en lumière les composantes des tableaux :une perle,une goutte d'eau,la lame d'un couteau,une pelure de poire,un sourcil froncé,une larme,des pieds sales,la croupe d'un cheval...
Tout fait sens.
La narration est chronologique.Nous avançons de tableau en tableau au gré de l'évolution du peintre,au gré de la lente reconnaissance de son génie,au gré des villes où il réside,de Rome jusqu'à Naples et Malte,au gré de ses frasques,de sa vie tumultueuse,si intense.
C'est un peintre déroutant que ce Caravage,subversif qui tord les codes académiques.
Sa peinture des fruits,par exemple,d'une corbeille de fruits en raconte autant que l'expression d'un visage,d'un regard...
On est loin des natures mortes de Jean Siméon Chardin que Proust commentait ainsi:"Nous avions appris de Chardin qu'une poire est aussi vivante qu'une femme",p128,mais l'émotion chez Caravage est différente,moins innocente,plus chargée d'intention...

Y.Haenel est complètement pris par cette peinture (lors de la visite d'une expo à Milan,il est  tellement absorbé par la force de ce qu'il a vu qu'il en oublie son carnet de notes et ses lunettes,p254).Il en est imprégné,obsédé.
Ses analyses fines,sensibles,détaillées rendent compte de la sauvagerie,de la violence et surtout du génie de ce maître qui magnifie le NOIR,la NUIT,la MORT avec des éclats de lumière et de vie qu'il ne manque pas d'épingler.
Tels ce petit carré blanc réverbéré dans La conversion de Madeleine (p253) ou le torse blanc du Christ flagellé ou la perle à l'oreille de Judith ou la larme de Madeleine pénitente (p247).
On peut affirmer sans se tromper que durant 3 ans,l'écrivain a vécu dans l'aura de Caravage,ce peintre hors normes qu'il sonde,qu'il scanne et réhabilite surtout,invitant à sortir des clichés qui le qualifient et le réduisent.
Il nous le rend proche,accessible,intime.
Ce livre est une réussite,l'écrivain s'est surpassé dans une écriture totalement habitée.
BRAVO.

Voici le lien d'un entretien avec Yannick Haenel sur France Culture du 4 Mars 2019
https://www.franceculture.fr/emissions/le-reveil-culturel/yannick-haenel-le-caravage-et-francis-bacon-peignent-la-violence-sans-laimer-ce-sont-mes-deux

Et 2 tableaux que l'écrivain affectionne particulièrement:





 

jeudi 27 juin 2019

Face au vent de Jim Lynch

LIVRE

Décidément,les éditions Gallmeister ne cessent de publier de vraies pépites.
Ce roman vient confirmer leurs bons choix.
A priori la voile n'est pas mon thème de prédilection,mais dès le premier paragraphe,je suis tombée sous le charme,pressentant un récit plein d'humour et de légèreté...
Le voici ce 1er paragraphe:

                                               

Je n'ai pas été déçue,car l'écrivain américain,Jim Lynch a le chic pour nous faire vivre les tribulations de cette famille...cette tribu totalement dédiée à la voile et aux courses nautiques depuis 3 générations.



Le grand-père dessine les voiliers, le père les construit, la mère, admiratrice d’Einstein, étudie leur trajectoire, le fils Josh les répare.Le père est un vrai phénomène,toujours en train de s'emporter,de chercher des noises,de critiquer les choix de ses enfants:l'aîné,Bernard mêlé à d'improbables coups...Josh,le tranquille,le lien fort de la famille qui assume l'héritage familial et protège sa petite soeur Ruby,vraie magicienne de la voile qui a un talent inné pour deviner les vents,leur force,leur trajectoire.
Josh est le narrateur du récit.La mère est une scientifique originale,toujours plongée dans la résolution d'énigmes mathématiques et grande admiratrice d'Einstein qui lui aussi était un passionné de voile.