mercredi 20 février 2019

ORANGE AMÈRE de Ann Patchett

LIVRE
La romancière américaine nous livre un récit très intime et lumineux sur les tribulations familiales.La première scène ,celle du baptême du dernier-né est aussi l'instant d'un coup de foudre qui va chambouler la vie de deux familles et de 6 enfants.
Divorce,déménagement à une autre extrémité des USA (Virginie vs Californie),interminables trajets en avion pour rejoindre la famille de l'autre parent...tout ça nous est conté avec minutie et humour.
C'est surtout la grande liberté de ton adoptée qui frappe.Surtout grande liberté dans la construction narrative.
Ann Patchett se permet de passer sans transition d'une époque à l'autre,donnant la parole à l'héroïne du récit,Franny devenue jeune fille,interrogeant les autres enfants sur les circonstances d'un drame qui s'est déroulé pendant cette enfance tumultueuse et qui a engendré son lot de culpabilité chez les enfants.
C'est en tout cas,ce que le lecteur découvre au fur et à mesure,les révélations venant par petits bouts,progressivement. 

On l'aura compris:l'enfance,cette "enfance dont on ne guérit pas" a dit le philosophe ou le chanteur?,est au centre du roman,mais on suit aussi les parents dans leur vieillesse et jusqu'à leur mort.
Pour apprécier cette lecture,il faut accepter cette liberté de ton,ces changements d'époque,de point de vue...ne pas avoir peur d'être un peu désarçonné. 

mercredi 30 janvier 2019

ÁSTA de Jon Kalman Stefánsson

LIVRE

Roman étonnant,vraiment original.
Quel naturel dans cette prose islandaise!
Quelle simplicité dans la manière d'aborder des sujets ordinaires,voire triviaux,de poser des questions profondes ou futiles..d'accéder finalement à l'âme humaine!!!

2 exemples de ces questions qui sont parfois des titres de chapitres:
"Cette planète serait-elle habitable si les pantalons n'avaient pas de poches?"p180.
"Avoir hâte:y a-t-il expression plus belle?"p215.

Roman étonnant,notamment par sa forme si décousue,si discontinue qui laisse parfois le lecteur perplexe.
En effet,l'écrivain mélange les genres littéraires,mais aussi les époques de la vie de ses personnages,notamment celle d' Ásta,la figure centrale du roman.
Parfois on s'égare,on revient en arrière,mais les lettres écrites par Ásta à un destinataire inconnu,un amoureux qui l'a quittée nous en apprennent beaucoup sur les soubresauts de sa vie sentimentale,ses tourments.
Les lettres sont entrecoupées de chapitres qui racontent eux la vie de ses parents,la débâcle du couple,l'importance de sa nourrice,sa rude expérience du monde rural dans un fjord de l'Ouest de l'Islande quand elle était jeune,son séjour à Vienne...etc

Au final,une force inouïe se dégage de ce récit particulier.
Les premières pages qui décrivent un moment de grande intensité charnelle entre les parents préfigurent cette force qui traverse toute l'oeuvre.
Rarement lu une scène de ce genre décrite avec tant de réalisme,d'évidence et de simplicité (Au cinéma,on parlerait de scène de sexe torride😂).
Du grand art.
 

dimanche 27 janvier 2019

IDA de Pawel Pawlikowski,2013

FILM

Ce film sorti en 2013 a remporté l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2015.
Le cinéaste polonais vient de confirmer son immense talent avec COLD WAR***

Qualifier de lumineux un film en noir et blanc relève du paradoxe.
Et pourtant...
La jeune héroïne du film,orpheline,recueillie dans un couvent,illumine la toile.
Son doux regard,la grâce de ses attitudes,sa présence silencieuse impressionnent d'emblée.Lumière de l'intériorité qui éclabousse ce décor des années 60 où tout est glauque:le couvent,l'appartement de la tante,la voiture bas de gamme...et surtout le contexte historique des procès staliniens,de la traque des Juifs...,car Ida est juive et ses parents ont été dénoncés,puis assassinés pendant la guerre.
La mise en scène est totalement maîtrisée:beaucoup de plans fixes sur les visages,souvent cadrés en bas de l'image,mais aussi des travellings,des plongées signifiantes...

Un film réellement touché par la grâce.

                                             
 

jeudi 24 janvier 2019

OLGA de Bernhard Schlink

                     


 LIVRE                          


Après le succès mondial du roman "Le liseur",on se réjouissait évidemment de découvrir OLGA,le dernier roman de Bernhard Schlink.
Une fois encore,l'écrivain situe son roman en Allemagne,à la fin du 19ème siècle.
Deux êtres se rencontrent et s'aiment.Lui,Herbert est de classe sociale aisée et elle,Olga de milieu plus modeste.Elle devient institutrice,pendant que lui se lance dans des expéditions lointaines.D'abord en Afrique,ensuite en Arctique...Et là,plus de nouvelles.
Qu'est-il devenu?Vit-il encore?Olga enverra de nombreuses lettres restées sans réponse.
Ni elle,ni le lecteur ne sauront ce qui lui est advenu.
Mais ce qui intéresse l'écrivain,c'est le destin de cette femme forte qui s'est construite seule et s'assume totalement.Il la suit dans un récit très maîtrisé,très construit,...trop?...peut-être.
Car c'est plaisant,mais assez lisse,un peu convenu.
De plus,le lecteur sait qu'une surprise,une révélation surgira (comme dans Le liseur) et en effet,elle apparaît (p206) dans la troisième partie consacrée aux lettres d'Olga retrouvées par un garçon dont elle s'occupait petit.
Le problème,c'est qu'on s'y attendait un peu!!!

Bref,ce roman m'a laissé une grande impression de nostalgie,de mélancolie,celle d'une vie non vécue.Les lettres,pleines de souvenirs douloureux,d'espoirs déçus,d'attentes inassouvies en témoignent.
 

mercredi 23 janvier 2019

GERRY de Gus van Sant,2002

Photo Casey AffleckPhoto Matt Damon
                                                                     Casey Affleck            Matt Damon

FILM***

Donc un film de 2002 que j'ai découvert récemment.
Une incontestable réussite esthétique.Un enchantement.
Le désert,personnage central.
Comme si l'histoire,celle de 2 amis nommés Gerry qui entreprennent un périple dans le désert californien,était un prétexte à contempler cette nature immense et magnifique.
Le spectateur ne peut qu'être saisi par l'époustouflante beauté de ces espaces grandioses.
Il a l'impression littérale de marcher aux côtés des deux amis,de les accompagner,d'hésiter comme eux sur la direction,Est,Nord-Est?...IL les entend respirer,s'essouffler,ralentir...
Peu de dialogues,mais de longs travellings pour intensifier cette marche interminable qui vire rapidement au cauchemar.
Tout est silence,intériorité,sensations.Ce film est ma-gni-fi-que

       

Métaphore de l'être humain perdu dans cet espace infini,de son improbable traversée de la vie?
Chacun peut y trouver un sens...ou s'incliner devant tant de beautés.





 

mardi 15 janvier 2019

SÉROTONINE de Michel Houellebecq

LIVRE

Houellebecq "is back" et ce retour sur la scène littéraire a été annoncé avec tambours et trompettes.
On retrouve l'écrivain tel qu'on l'avait laissé dans Soumission,ce livre-hommage à Karl Huysmans.
Le titre Sérotonine annonce la couleur.Sans cette "hormone du bonheur",le héros du récit,Florent-Claude (ça ne s'invente pas) ne pourrait supporter sa vie de minable et faire face à la dépression.Il a 46 ans,le bilan est amer.Une impression d'être passé à côté de sa vie,d'avoir raté sa vie amoureuse et professionnelle.
Échec intimement lié à la passivité viscérale du personnage qui plutôt que de choisir,dire,agir...préfère se laisser dériver.
"....une fois de plus,je ne fis rien,je ne dis rien,je laissai les événements suivre leur cours...",p172.

En bon romantique qu'il est,les rares moments d'exaltation ou d'apaisement qu'il connaît sont liés à des souvenirs,notamment son grand amour d'il y a 20 ans,Camille.
Dans le présent,il vivote,végète,survit,surtout à l'occasion des fêtes de fin d'année fatales à tout dépressif (p155:les suicides de Noël!!!).Le futur est inexistant.
On navigue donc entre mélancolie et drôlerie,car l'auto-dérision et les constats acerbes fleurissent tout au long des pages.
C'est désespéré...et drôle.
Magnifique paragraphe,p91:
"Si on m'avait interrogé sur mon "humeur",j'aurais plutôt eu tendance à la qualifier de "triste",mais il s'agissait d'une tristesse paisible,stabilisée,non susceptible d'augmentation,ni de diminution d'ailleurs..." 

L'écrivain mène son récit avec détermination et sûreté.
Son écriture est simple,efficace,hyper réaliste.Un vrai champion des précisions techniques...sur l'élevage des lapins,les armes à feu,les fromages normands,sur Monsanto,les détecteurs de fumée...
Par-ci par-là,des considérations psycho-philosophiques sur le vécu de l'amour si différent  chez les femmes et chez les hommes,p70 à 72.
Sur le malheur,p223:"les gens fabriquent eux-mêmes le mécanisme de leur malheur,ils remontent la clef à bloc et ensuite le mécanisme continue de tourner inéluctablement..." 

A chaque lecteur de se faire son opinion,d'encenser ou de détester cet écrivain particulier.

Le site de critiques et d'informations littéraires onlalu  cette planche rigolote:
https://www.onlalu.com/livres/roman-francais/serotonine-michel-houellebecq-37607


 


 

lundi 14 janvier 2019

THE FAVOURITE de Yorgos LANTHIMOS


FILM
 
Film réjouissant... moment de détente garanti 😂
Le cinéaste grec Yorgos Lanthimos dépoussière le film historique et le transforme en une joyeuse farce.
Ça s'agite autour de la reine Anne, neurasthénique, imprévisible...une reine sous influence...entourée de 2 femmes qui se disputent ses faveurs et sont prêtes à toutes les forfaitures pour s'imposer,...pour imposer surtout leur vision politique.
On est au début du 18ème siècle et la guerre avec la France est d'actualité.Faut-il la poursuivre ou signer la paix?Les Whigs et les Tories s'affrontent sur le sujet.
La reine peine à trancher.
C'est donc un film singulier à plus d'un titre.Il mélange le classique et le moderne,le tragique et le loufoque,notamment dans des scènes de danse surréalistes.
Un peu comme pour le "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola,le cinéaste ose tout,
se permet des anachronismes,des dialogues crus,sans oublier les audaces techniques dont l'étrange bande-son et ces plans panoramiques légèrement déformés grâce à l'effet fisheye.
En voici un exemple
                                          



Le casting est parfait :actrices bluffantes avec mention spéciale pour OLIVIA COLMAN,actrice britannique de 45 ans qui interprète cette reine échevelée,grotesque, infantile,mais si attachante... en route pour L'OSCAR de la meilleure actrice ?
C'est tout le mal qu'on lui souhaite.
D'autres photos du film:
                                                                   


 
OLIVIA COLMAN  en reine Anne