vendredi 15 décembre 2017

ARRIVAL de Denis VILLENEUVE

FILM

Denis Villeneuve,cinéaste québécois s'est lancé dans un film de science-fiction en 2016.
On s'attend donc à un film personnel,original,innovant dans la manière de traiter ce "Premier contact" entre des extraterrestres et des humains.
L'incontestable réussite visuelle,esthétique du film ne le sauve pas de multiples invraisemblances et surtout... de mièvrerie!
La mise en scène de cette rencontre entre terriens et heptapodes laisse perplexe,si improbable et surréaliste.
Comment communiquer en effet?avec des mots humains?avec des glyphes? 
Et Villeneuve de filmer ces créatures floues propulsant sur la toile des jets d'encre face à des humains tantôt apeurés,tantôt sceptiques...
Traduction vouée à l'échec,compréhension incertaine des cercles et dessins,malentendus se succèdent,mettant en ébullition le monde politique planétaire qui prête bien sûr des intentions guerrières et maléfiques à ces êtres venus d'ailleurs.
Invraisemblable est alors ce coup de téléphone que Louise,la linguiste chargée de décoder les glyphes donnera (ou a donné?) à un général chinois et qui changera la géopolitique mondiale.Cet échange téléphonique (de même que certaines scènes intimes mère/fille) a-t-il eu lieu ou aura-t-il lieu?c'est LA question,car le cinéaste joue sur les axes du temps,en mélangeant passé et avenir.Les "flashbacks" sont souvent des "flashforwards".
C'est là l'ingrédient philosophique du film qui malheureusement ne sauve pas l'ensemble.

                                             
 

vendredi 8 décembre 2017

LA FEMME DE L'OMBRE de Arnaldur INDRIDASON

LIVRE
On est rarement déçu quand on lit un Indridason.
L'écrivain islandais signe une fois encore un récit soigné,finement tressé à l'intrigue serrée.
Deux enquêtes sont menées en parallèle,se chevauchent et finissent par subtilement se rejoindre comme les deux affluents d'un fleuve,livrant la clé de l'énigme.
Écriture simple,fluide,si captivante aussi.
Un art d'installer ses personnages,leur passé parfois trouble,de décrire les lieux qu'ils fréquentent et de décrypter les mobiles politiques des crimes ou disparitions inexpliquées.
Les faits en effet se déroulent pendant la deuxième guerre mondiale en Islande et dans les pays nordiques sous occupation allemande.
L'écrivain,historien de formation est clairement interpellé par l'idéologie nazie et son cortège de collaborations,trahisons,de positions opportunistes dont l'Islande notamment fut le théâtre.
 

vendredi 1 décembre 2017

LOVELESS de Andreï Zviaguintsev


FILM

L'HUMAIN est au coeur de tous les films d'Andreï Zviaguintsev,particulièrement dans le cercle familial et conjugal.Cette fois,c'est un couple qui se déchire,qui s'affronte à coups de  reproches et de propos haineux.Tout ça en ignorant la présence de leur jeune fils,Aliocha qui entend tout et sanglote dans sa chambre.
Le lendemain,l'enfant aura disparu suscitant angoisse,remords et culpabilité chez les parents atterrés.C'est filmé avec une totale maîtrise et une grande pureté que le Jury du festival de Cannes a saluées en attribuant au film "son" prix,le Prix du Jury.
Le cinéaste conduit son récit de main de maître,filmant avec la même justesse les intérieurs de l'appartement et l'extérieur...,la nature,la forêt,les rues.
Paysages désolés,forêt glacée à l'image des parents englués dans leur haine dévastatrice.
C'est donc un film rude,dur,mais excessivement attachant qu'il nous est donné de voir.
La noirceur de l'âme humaine...,mais aussi sa capacité de rédemption que les Russes savent si bien dépeindre en littérature et au cinéma.  

                                             
 

dimanche 26 novembre 2017

VERNON SUBUTEX tome 3

LIVRE

Ce Tome 3 de Vernon Subutex m'a semblé moins percutant.
Moins d'intérêt,moins de fébrilité dans ma lecture,comme une lassitude qui s'est installée malgré des faits nouveaux:Vernon quitte un moment le groupe,un improbable héritage se fait miroiter,une vengeance s'accomplit,mais les personnages évoluent peu.
On les retrouve tels qu'on les avait rencontrés dans le tome 2,gravitant autour du charismatique disquaire.La description de certains personnages comme la Véro,Sylvie ou Dopalet...qui s'étend sur des pages m'a semblé moins pertinente,moins originale.
Cela étant,la belle écriture de Virginie Despentes est toujours au rendez-vous. 

vendredi 24 novembre 2017

THE SQUARE de Ruben Östlund

FILM

Palme d'or du festival de Cannes 2017.
Film désarçonnant,déroutant,imprévisible surtout... En effet,le spectateur est sans cesse surpris par la tournure des événements,par ce qui arrive à Christian,directeur du Musée d'art contemporain de Stockholm,propre sur lui,beau gosse,éloquent jusqu'au baratinage à qui on dérobe portefeuille et téléphone dans des circonstances rocambolesques.
On rit souvent et on est parfois mal à l'aise devant certaines scènes poussées à bout.
L'intention du cinéaste est sûrement de nous faire réagir,de venir nous chercher dans notre frilosité d'occidental,de nanti qu'il stigmatise à travers l'histoire.
Le personnage principal perd peu à peu de sa superbe,de son arrogance.Il devient réceptif aux autres (à l'étranger,au mendiant..),il s'humanise,s'amende,s'excuse aussi d'avoir traité un gosse de voleur.
On l'aura compris ,le film porte des valeurs et un beau message de solidarité.Il le fait avec drôlerie en poussant à l'extrême les situations,le propre d'une comédie.
Malheureusement,on sent trop cet aspect bien pensant,ce contenu moral.Certaines scènes n'en finissent pas,le film est trop long et la place laissée aux dialogues est excessive.
On n'en peut plus de cette logorrhée du directeur,des assistants...
Plus court et moins bavard,le film aurait gagné en intensité.

                                         



 

mardi 21 novembre 2017

A BEAUTIFUL DAY ou "You Were Never Really Here" de Lynne Ramsay

FILM

Si on en doutait encore,Joaquin Phoenix vient confirmer son immense talent.
Énorme,bouffi,barbu,complètement halluciné,l'acteur avec ses grands bras et ses larges épaules envahit l'écran,le remplit totalement.
C'est juste incroyable.Les trottoirs,le métro,les autos.. semblent flotter autour de lui.

On est vraiment dans la peau de ce Joe,homme ténébreux,torturé,emmuré dans ses émotions.Joe,sorte de tueur à gages à qui on confie d'improbables missions comme celle de délivrer la fille d'un sénateur récemment kidnappée.
Mission de tous les dangers bien sûr pour cet homme qui semble vivre à côté de sa vie,comme un somnambule,tant il est hanté par ses souvenirs d'enfant maltraité et de soldat traumatisé.De courts flashback les évoquent.
Il faut donc souligner la maîtrise de la mise en scène avec cette alternance de séquences lentes et de moments fulgurants d'une grande violence.La bande sonore,la musique participent aussi au suspens,car c'est bien un thriller auquel on est scotché dès les premiers plans trash.
Ce film est une très belle oeuvre d'art.Il confirme l'originalité et le talent de la cinéaste britannique qui parvient à nous toucher par une présence corporelle,par des regards intenses où se lisent douleur et impuissance. 
Deux prix ont récompensé le film au festival de Cannes:le prix d'interprétation masculine et le prix du scénario.
                                              
 




 

vendredi 17 novembre 2017

Tiens ferme ta couronne de Yannick HAENEL

LIVRE...COUP DE COEUR***

Embarqué sur une phrase extraite de Moby Dick du grand écrivain américain Herman Melville,l'écrivain se lance dans une fantastique aventure romanesque et y entraîne le lecteur ébahi.
Cette phrase,c'est:"l'intérieur mystiquement alvéolé de la tête du cachalot".
Une aventure qui commence par un voyage à New York où la rencontre avec le cinéaste Michael Cimino sera déterminante.L'écrivain,cinéphile passionné connaît tous ses films,il les a vus et revus,il les connaît de l'intérieur et en a approché la vérité,le sens sacré.

On revient ensuite à Paris où on suit les péripéties du narrateur,ses rencontres,sa vie diurne ...et nocturne,ses excès en tous genres,mais aussi... ses interrogations,ses rêveries,sa quête personnelle à savoir la recherche de moments de grâce que recèle tout film,de moments où l'impossible se produit,où un geste prévisible se dérobe,geste du chasseur qui n'abat pas sa proie...moments de défaite,d'échec apparent aussi dont le film Fitzcarraldo est le symbole (Son héros tente de faire passer un bateau au-dessus d'une colline!!!)...  folie aussi dont le colonel Kurtz est la figure emblématique dans Apocalypse Now.

Ce roman est passionnant.Son écriture est à la fois simple et majestueuse.
Chaque phrase se déploie,s'étend et s'achève telle une vague qui nous submerge et nous laisse pantelants.

Le Prix Médicis 2017 vient de lui être attribué.
Philippe Cauché dans La cause littéraire écrit:"C'est un roman touché par la grâce."

On l'aura compris,l'écrivain est aussi un cinéphile averti qui par le biais d'un roman s'est fait plaisir.Plusieurs scènes culte de ses films favoris sont décrites,analysées,revisitées,ce qui ne peut qu'inciter le lecteur à entreprendre la même démarche,... ce que j'ai fait.

Voici quelques passages que j'ai aimés:

"J’ai dit qu’à l’époque j’étais fou -disons que j’étais possédé : les noms, les livres, les phrases, les films n’arrêtaient pas de vivre à l’intérieur de ma tête, ils se donnaient des rendez-vous pour former entre eux des extases, sans même que je puisse les séparer. J’étais littéralement habité par ce flux de noms, de phrases, de titres de livres et de films dont la circulation s’était progressivement substituée à mon souffle et à mes nerfs. […]
Chaque nom en allumait un autre, ça ne finissait jamais : je passais mes journées à me réciter des listes, des bouts de phrases, des citations, et tout se mettait en rapport et s’ouvrait démesurément, comme une terre sans limites, avec des flammes de bonheur qui s’arrachent au monde éteint.
On peut considérer, bien sûr, que j’étais malade, mais cette vie des noms dont j’étais chargé me rendait étrangement plus léger, comme si, à chaque instant, le daim blanc de Melville m’apparaissait. Voilà : je vivais au milieu d’un cortège de daims blancs, et en un sens, c’était cela ma folie, mais c’était aussi ma gloire, parce que dans ce cortège qui défilait dans ma tête, j’étais accueilli : évoluer parmi les noms me donnait des ailes.p26.


 Depuis mon retour de New York, j'avais la certitude de détenir un secret. Et j'étais assez fou pour croire qu'il circule à travers des films ; assez fou pour imaginer qu'il soit possible d'y accéder. Ce secret, je l'avais cherché à travers les films de Michael Cimino, et voici que la recherche s'élargissait encore, car la vérité est comme le corps immense des déesses : elle est là et pas là - on la voit et on ne la voit pas.
Moi, je la voyais [...] En suivant Melville à travers le monde, en chassant avec lui une baleine qui avait pris la place de Dieu... j'avais découvert qu'une étincelle s'allume au cœur de la destruction, et que cette étincelle suffit pour mettre le feu au monde.p47.


"Certains soirs, le velours glisse entre les voix comme si les étoiles s'allumaient dans nos gorges."

J’aime que mes journées soient complètement vides. Même si je ne fais rien, il faut qu’elles restent à disposition ; il faut que le matin, l’après-midi, le soir restent ouverts. Lorsque j’ai un rendez-vous, le désir d’annuler devient d’heure en heure irrésistible ; car alors la journée entière tend vers ce point qui la comprime, les angles se resserrent ;
il n’est plus possible de penser à autre chose, on n’a plus de solitude, on étouffe.p102."




 


lundi 13 novembre 2017

THE DEER HUNTER ou Voyage au bout de l'enfer de Michael CIMINO

FILM

C'est l'écrivain Yannick HAENEL légitimement récompensé du Prix Médicis pour son roman "Tiens ferme ta couronne" qui m'a incitée à revoir les films de Michael Cimino.
Il évoque plusieurs passages marquants de ces films,dont la fameuse scène où le chasseur Robert De Niro épargne le cerf qu'il visait,baisse son arme.Scène qui a lieu après le retour du Vietnam et fait écho à une autre partie de chasse où les héros fringants y allaient franco,sans états d'âme face à un animal à abattre.
"La couronne",c'est la couronne formée par les bois du cerf.

Et donc,je revois avec enchantement les films de Cimino accompagnant d'une certaine manière le cheminement entrepris par Haenel dans son roman où le héros programme une rencontre avec le cinéaste à New York.Rencontre qui est le fruit d'une nécessité.

Je retiens du film,mais aussi d'un autre film "La porte du paradis" un sens extraordinaire  de la narration,des scènes qui se répondent en écho au niveau du symbole en tout cas.
Une scène de bal de jeunes étudiants qui valsent en cercle au début du film annonce l'encerclement que des immigrants venus d'Europe de l'Est subiront, assaut circulaire des troupes de l'État bien décidé à éliminer ces "profiteurs",voleurs de bétail.
Autre point: les PERSONNAGES de ces films sont pour la plupart des êtres tendus,perdus aussi,pudiques,totalement intériorisés.Ils apparaissent indécis,emmurés dans leur désir,incapables de s'extérioriser.
Incapables de prononcer une parole libératoire.Tout est dans les regards.
L'amour,l'attirance semblent impossibles à se dire.Ils se lisent,s'avouent dans des regards croisés,toujours timides.Seule peut-être la jeune Ella jouée par Isabelle Huppert toute jeune et déjà si talentueuse parvient-elle à une certaine extériorité joyeuse dans le western américain.

                     
 

GET OUT de Jordan Peele

FILM***

Ce film américain est sorti en salle en mai 2017.Une réussite***
Il n'a franchement rien à envier aux films de Shyamalan ou Amenabar (Le sixième sens ou The others...).
Ici aussi,le suspense est finement distillé,à petites doses.
Ce thriller respecte les codes du fantastique avec cette gradation du malaise vers l'angoisse pure,cette dualité du réel/irréel,cette ambiance de plus en plus pesante ...et surtout un héros qui se demande s'il hallucine ou pas...

En effet,le personnage central joué par un acteur noir peu connu,Daniel Kaluuya,génial,est le témoin de plus en plus intrigué d'étranges phénomènes qui se produisent dans la maison de ses futurs beaux-parents où sa petite amie,blanche l'a emmené pour le week-end.
Sur ce fond de thriller fantastique,la question raciale est abordée avec finesse et parfois aussi drôlerie.
Le prologue,long plan séquence où l'on voit un noir se promener dans une banlieue habitée par des blancs annonce parfaitement le talent de ce cinéaste applaudi par le public américain.Ces premières minutes du film prennent tout leur sens à l'issue de l'histoire,évidemment.

mercredi 8 novembre 2017

VERA de Karl Geary

LIVRE

Premier roman de l'émigré irlandais Karl Geary.
Roman puissant, élégant, charmant à la voix narrative originale (le choix du TU qui trouble et qui implique aussi le lecteur...)
Rappelons-nous "La modification" de M.Butor...
L'écrivain irlandais a aussi été acteur (film de Ken Loach...) et maintenant scénariste.

Le sujet? un lien troublant et improbable se noue entre deux êtres dont la complicité et l'intimité transcendent les âges...
Inutile d'en dévoiler davantage,sauf que l'auteur songerait à Cate Blanchett pour incarner Vera si le roman devenait un film....

mardi 7 novembre 2017

LES PROIES ( The beguiled) de Sofia COPPOLA

FILM

Placé sous le signe de la blancheur... Tout est blanc dans ce film:les héroïnes sont blanches,leurs robes sont blanches,la lumière est blanche,les colonnades à l'entrée de la bâtisse sont blanches...le linceul blanc...
Mais aussi sous le signe de l'ennui.
En effet,ce film à l'esthétique irréprochable se déroule avec lenteur,une lenteur telle qu'elle en devient soporifique.
Certes,les 7 femmes ravivées,rajeunies par la présence soudaine du soldat blessé qu'elles ont recueilli chez elles s'activent,se démènent pour lui plaire,s'attirer ses faveurs,mais toute cette agitation reste assez superficielle,peu convaincante.
Des poules qui caquettent autour d'un coq affaibli.
Pourquoi parle-t-on de thriller? à propos de cette histoire gentillette qui tient plus du conte de fées avec son univers merveilleux,ses champignons vénéneux,ses fées maléfiques qui par contre ne sont pas punies.
Ça m'échappe.
Ceci dit,le casting est impressionnant,les actrices fétiches de Sofia Coppola sont talentueuses,sans oublier Colin Farrell qui sur un ton mineur,ne surjoue pas.

Le film a été récompensé du Prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes. 

                                                   
 
 

samedi 4 novembre 2017

PATRICIA de Geneviève DAMAS

LIVRE

Voici un court roman qui ne peut que nous réconcilier avec l'humanité.
L'auteure belge dont les reportages sur les migrants ont paru dans Le Soir en 2015 s'inspire sûrement de ce qu'elle a vu,vécu... à Lampedusa.
C'est un récit à trois voix qui assure trois regards,vécus sur la réalité migratoire.
Cette construction narrative originale surprend le lecteur qui se croyait embarquer dans une histoire d'amour entre un sans-papiers de Centre Afrique et Patricia,une cliente blanche en visite au Canada.A Paris,les événements se précipitent.Un troisième personnage entre en scène,une adolescente Vanessa,rescapée de la traversée depuis la Libye.
La prise en charge de l'ado par Vanessa va se révéler difficile,périlleuse,voire impossible.
Chaque personnage livre sa perception,sa personnalité,son combat.
Le choix de ces monologues intérieurs garantit la qualité,la richesse,la diversité des vécus.

Patricia et son inlassable humanité,la main toujours tendue vers l'autre est le pilier du roman.Jamais elle ne lâche,jamais elle n'abandonne face à la fermeture,le mutisme,la révolte sourde de l'adolescente.Impossibilité pour celle-ci d'adopter si vite les codes européens.Manière de se vêtir,de se nourrir,de s'instruire,de respirer l'air...

C'est un roman très fort,intense,émouvant.Regard vrai,jamais naïf sur l'être humain.
Geneviève Damas a écrit un autre roman en 2013 qui obtint le prix Goncourt des lycéens.
C'était aussi une histoire pleine de délicatesse sur les relations humaines.
Voici le lien de ma critique d'alors.
 http://parlonscinebouquins.blogspot.be/2015/08/si-tu-passes-la-riviere-de-genevieve.html
 

 

jeudi 19 octobre 2017

PLAYGROUND de Lars KEPLER

LIVRE

 Avertissement aux amateurs de polars,ceux de Lars Kepler en particulier.

 Ce roman n'est pas,... mais pas du tout dans la même veine que les précédents.
Je les ai tous lus et beaucoup appréciés.
Ici,pas d'enquête criminelle,pas de victimes,ni suspects... Rien.Nada.
Le couple d'auteurs suédois qui se cache derrière ce pseudonyme a voulu innover et proposer un opus qui s'apparente davantage à une réflexion sur la mort,la violence qu'à un polar.
En effet,l'héroïne,Jasmine touchée d'une balle au combat fait l'expérience de "mort imminente".Elle est persuadée d'avoir vu l'antichambre de la mort sous la forme d'une étrange ville portuaire évoquant la Chine ancienne.
Elle est soignée comme psychotique et se bat pour récupérer,coûte que coûte,son fils de 5ans,Dante....
Là,je vous résume le début du roman,accrochant et très bien écrit...
Ensuite,on nous emmène vers cette ville portuaire où il faut en quelque sorte "payer" pour revenir parmi les vivants...Et là,j'ai complètement décroché... 
j'ai abandonné ma lecture en cours de route et ne suis pas près d'y revenir.
Quelle déception! Quelle erreur de casting!!!
On te vend un polar et tu lis une histoire truffée de mythologie et de descriptions cauchemardesques. Comme une impression d'avoir été trompée sur la marchandise!

Dommage,les polars précédents étaient si réussis.
En voici les liens des critiques publiées sur ce Blog:
http://parlonscinebouquins.blogspot.be/2017/04/desaxe-de-lars-kepler.html
http://parlonscinebouquins.blogspot.be/2016/10/lhypnotiseur-de-lars-kepler.html

Quelle mouche les a donc piqués?


 

MILLENIUM 5 de David Lagercrantz

                    


 LIVRE

Après un MILLENIUM 4 palpitant,inventif ,virevoltant....,on attendait le tome 5 avec impatience.
Les 2 protagonistes,la hackeuse de talent et le super journaliste sont au rendez-vous pour démêler les fils du passé troublant de la jeune fille,l'histoire de jumeaux séparés à la naissance aux fins d'étude scientifique...mais aussi un soi-disant meurtre commis par une jeune musulmane sur son frère.
Menu bien alléchant donc,mais il y a quelque chose de désordonné,de brouillon dans l'écriture,dans la construction un peu mécanique,hasardeuse des chapitres.
Bref,...ça se lit comme un Millenium... agréablement,... mais sans vrai enthousiasme.

mardi 3 octobre 2017

SUMMER de Monica SABOLO

LIVRE

L'écrivain réussit une vraie prouesse:écrire un roman à suspens porté par une écriture poétique,onirique.
Summer,19 ans disparaît un été lors d'un pique-nique au bord du Lac Léman.
Cette disparition nous est racontée par son jeune frère,Benjamin,le narrateur de l'histoire.C'est lui le personnage principal qu'on retrouve des années après chez le psy...hanté par l'absence,perdu,fantomatique,sans réponses...
« La nuit, Summer me parle sous l'eau. Sa bouche est ouverte, palpitante comme celle des poissons noirs. »
Qu'est devenue Summer?sa soeur évanouie,envolée,évaporée...morte?vivante?en tout cas jamais revenue.
Après les recherches du début,l'oubli peu à peu s'est installé et la vie a continué...vaille que vaille pour lui,pour ses parents.Atmosphère familiale lourde.Secrets,non-dits,mensonges se révèlent peu à peu.Le voile se lève.
Le récit révèle de vraies surprises rendant la lecture plus intense,plus passionnante.

  

mardi 26 septembre 2017

VOYAGEUR SOUS LES ÉTOILES de Alex CAPUS

LIVRE

Si vous voulez en savoir plus sur l'auteur de "L'île au trésor" et "Voyage avec un âne dans les Cévennes",lisez ce récit passionnant,écrit avec légèreté et vivacité.
Récit fort bien documenté qui se lit d'une traite comme un roman d'aventures.
L'écrivain de père français et mère suisse partage les multiples questions qui entourent la personnalité,la vie,l'oeuvre de Robert Louis STEVENSON.   
 Il visite les lieux où l'écrivain-marcheur-pionnier-aventurier s'installa à la fin de sa vie avec sa femme Fanny: les îles Samoa.Il s'interroge sur l'existence d'une île réelle (et pas seulement sortie de l'imagination de l'écrivain...), d'un trésor enfoui dans cette île,île Cocos que Stevenson aurait,après bien d'autres,cherchée ... en vain...
"...le capitaine Thompson a-t-il vraiment enfoui le trésor de Lima sur l'île Cocos?"p126.
Beaucoup de questions restent sans réponses et c'est très bien ainsi.
Pourquoi Stevenson a-t-il visité toutes les îles de l'Archipel des Samoa?Pourquoi cette confusion avec une autre île appelée,elle aussi ,l'île de Cocos?A-t-il trouvé un trésor ou pas?
On en apprend beaucoup sur cet écossais au physique impressionnant,bien que de santé fragile.Il souffrait de tuberculose et décéda à 44 ans.Chef de clan incontesté,il régnait sur son petit monde et en assurait tant bien que mal l'unité. 
En effet,les commentaires sur la photo ci-dessous (p153)laissent peu de doutes.               
Le patriarche assis au milieu doit faire face à d'incessantes tensions entre les trois femmes qui l'entourent:sa mère,à droite,son épouse,Fanny et leur fille Belle.
Non,l'harmonie ne régnait pas vraiment entre toutes ces personnalités tranchées.

 Photo du clan sur le perron de la maison:
                                     
 
Une photo de Stevenson:
                                                      

 

vendredi 22 septembre 2017

VERNON SUBUTEX de Virginie DESPENTES

LIVRE

Ce roman,c'est un vrai uppercut.On le reçoit en pleine figure.
Le fil rouge de l'histoire,c'est Vernon Subutex,un quadragénaire sympa,disquaire qui faute de payer son loyer se fait expulser.
Commence le parcours du combattant:trouver de petites planques,"s'inviter" chez un couple pour garder le chien,recontacter des ex...La débrouille quoi,ça marche un temps,mail il se retrouve bien vite à la rue,SDF parmi les sdf,livré au bon vouloir des passants.
Cette galère est l'occasion pour l'écrivain de déployer tout son ART.
Écriture fracassante,vive,directe,parfois brutale,argotique,voire vulgaire (on n'échappe pas à "couillon,connard,enfoiré,pétasse,suceur de bites"...etc).
Galerie de portraits dignes de La Bruyère.(j'en citerai des exemples)
Analyse psychologique et sociale implacable.Tout le monde en prend pour son grade:les assoiffés de pouvoir(p117),les faux compatissants,les maris violents,les mères étouffantes (Sophie,mère de Xavier),les drogués,les filles botoxées...

Quelques extraits

"Passé quarante ans, tout le monde ressemble à une ville bombardée.                          Il tombe amoureux quand elle éclate de rire - au désir s'ajoute une promesse de bonheur, une utopie de tranquillités emboîtées -, il suffira qu'elle tourne la tête vers lui et se laisse embrasser, et il accédera à un monde différent. Vernon sait faire la différence: excité, c'est le bas-ventre qui palpite, amoureux, ce sont les genoux qui faiblissent. Une partie d'âme s'est dérobée - et le flottement est délicieux, en même temps qu'inquiétant: si l'autre refuse de rattraper le corps qui sombre dans sa direction, la chute sera d'autant plus douloureuse qu'il n'est plus un jeune homme. On souffre de plus en plus, à croire que la peau émotionnelle devient plus fragile, ne supporte plus le moindre choc." p 106.

"Elle s’habille chez Zara, quand elle trouve quelque chose à sa taille. Elle se passionne pour l’huile d’olive, le thé vert, elle s’est abonnée à Télérama et elle parle de recettes de cuisine, au boulot, avec ses collègues. Elle a fait tout ce que ses parents désiraient qu’elle fasse. Sauf qu’elle n’a pas eu d’enfant, alors le reste, ça ne compte pas. Aux repas de famille, elle fait tache. Ses efforts n’ont pas été récompensés."

Marie-Ange:"Elle n'est pas jolie.Elle est sèche,son expression est dure,ses lèvres sont trop fines.Elle s'habille mal.Elle a une dégaine de meuf désespérée qui aurait récupéré dans la poubelle d'une vieille dame trois vieux pulls élimés qu'elle a superposés sur un pantalon à pinces..." p84.

Sylvie:"Qu'elle le lâche,pitié,qu'elle le lâche!
Il écoute Johnny Cash au casque en écoutant des bières.Il respire.Il l'a eue dix jours,non-stop,sur le dos.Cette fille parle dès qu'elle ouvre un oeil.Elle aspire l'air.
Le premier soir,il trouvait ça mignon mais il a vite réalisé qu'elle croassait,penchée sur son épaule et surveillant ses moindres gestes..." p154.

Coup de cafard de Vernon:"Le corps de Vernon se raidit,quelque chose gronde en lui qui le fait paniquer...Chaque souvenir est piégé.Une couverture qu'il avait gardée bien tirée sur l'angoisse glisse***...la peau est mise en contact." p100

Vernon amoureux:"Il avait oublié à quel point on se sent vivant, exactement à ce moment-là : quand on sait que c'est en route, et que chaque geste vient confirmer cette impression. Il avait senti ses veines se gonfler d'une euphorie étrange, et caractéristique : la délicieuse ivresse d'avant le premier baiser." 



 

vendredi 8 septembre 2017

VISAGES VILLAGES d'Agnès VARDA et J.R.

FILM

Joli projet d'unir leurs talents de cinéaste et photographe pour partir à la rencontre de gens ordinaires:agriculteur,fille de mineur,carillonneur,vendeuse,docker,ouvrier...
Quelle variété dans ces rencontres d'habitants qui livrent avec simplicité des bouts de leur vie,car Agnès Varda a l'art de les faire parler,d'écouter leurs histoires souvent émouvantes.On sent que les "autres" l'intéressent et donc le film navigue entre le road movie,le témoignage social et la création artistique.
Les photos géantes de J.R.,photographe du street art sont le prétexte de ces rencontres savoureuses et variées.Le temps du film,une relation de complicité se tisse aussi entre les 2 protagonistes qui s'apprivoisent,se taquinent sur leurs petites manies,mais surtout se complètent et se respectent.La collaboration intergénérationnelle est au coeur du film qui s'en nourrit.
Diversité donc de tous ces visages qui continuent à nous regarder,à nous imprégner après la fin du film,mais aussi des lieux visités:une ferme,un bunker sur la plage,une usine chimique,un port,le cimetière où est enterré Cartier Bresson...Ces lieux étant parfois des lieux de souvenir,surtout pour A.Varda.

C'est donc un grand moment d'humanité et de poésie que les deux artistes nous proposent.
Voici quelques-unes de ces photos qui sont réalisées sous nos yeux ébahis de spectateur:

Fille de mineur
Sur un bunker
La camionnette/labo photos

Un agriculteur

 

lundi 4 septembre 2017

UNE CHANCE MINUSCULE de Claudia Piñeiro

LIVRE

Livre d'une totale humanité.Inspiré,profond,émouvant.
La manière de raconter implique d'emblée le lecteur qui veut découvrir pourquoi cette femme revient 20 ans après en Argentine,dans la ville où elle fut prof.
Pourquoi tant d'appréhension?Va-t-on la reconnaître?Va-t-elle reconnaître les lieux?Pourquoi est-elle partie aussi?
Le mystère se dévoile peu à peu.L'écriture est juste magnifique et les thèmes abordés,les choix fondamentaux de toute vie sont mis à l'épreuve.
Réussite littéraire de cette auteure argentine dont le précédent roman "Les veuves du jeudi" avait déjà fait merveille.
 
Extraits:
"J'entre dans une boutique...cherchant un vendeur qui se serait un jour occupé de moi,quand j'étais blonde et que j'avais les yeux bleus jusqu'à ce que je me rende compte qu'au fond ce que je cherche,ce n'est pas quelqu'un que je connaisse mais quelqu'un qui me reconnaisse."p 68.
 
"C'est dans le décodage du discours de l'autre que nous commettons les pires erreurs,lorsque nous comblons les vides en cherchant à interpréter ce qu'a voulu dire celui qui en fait n'a rien dit du tout." p253.