vendredi 20 mars 2015

WHIPLASH de Damien CHAZELLE

       
             FILM      


                                      



       Quelle tension dans ce film! Quel affrontement artistique ...et humain.

Un jeune batteur de jazz intègre une prestigieuse école de musique de New York.
Il a été repéré par "LE" professeur qui règne en maître incontesté sur ses élèves.Ses méthodes ne font pas dans la dentelle, loin s'en faut.Exigeant le ton juste,sensible à la moindre fausse note,il n'hésite pas à interrompre le morceau en cours,à reprendre le même passage...et cela ad nauseam.On reprend,on rejoue,on se fait insulter...Peu importe,"pourvu qu'on ait l'ivresse"...
Ces répétitions ressemblent à des joutes.La relation maître/élève est d'une grande violence.La tension extrême.On est comme sur un ring et les solos du batteur résonnent comme des gestes de combat.
Pas de cadeau, pas d'excuses,pas d'à peu près.On vise l'excellence
L'élève est poussé à l'extrême de ses limites,au-delà.Il craque.Ses mains saignent.Il continue.Avec acharnement,un acharnement destructeur.On se dit qu'il est fou,qu'il va en crever... La suite à l'écran!

Les deux acteurs sont étonnants.On ne voit qu'eux dans une série de champs-contrechamps.C'est le duel et rien que le duel qui est mis en lumière.

Merci à Geoffroy qui m'a recommandé ce film haletant.

                                       
 

STILL ALICE de Richard Glatzer

                  
                                         
        



FILM 


     Julianne  Moore a remporté l'Oscar de la meilleure actrice cette année pour son interprétation d'Alice,victime de ce terrible Alzheimer.
Cette actrice est inoubliable dans deux films: "The hours" et "Magnolia".Dans ce dernier film,elle jouait un rôle ambigu d'épouse fidèle/infidèle,totalement hystérique.
Dans le rôle d'Alice qui perd pied et dont la personnalité s'effrite peu à peu,elle m'a moins convaincue.Bien sûr, la déchéance physique et mentale est très bien décrite,mais ce visage de l'actrice reste tout du long si hiératique, si statufié,si fermé aussi...Était-ce la meilleure façon d'exprimer le travail lent et subversif de la maladie?Pas sûr.
Car le problème,c'est qu'on n'oublie à aucun moment l'actrice Julianne Moore qui joue Alice.

Par contre,Alec Baldwin et Kristen Stewart,tour à tour le mari et la fille d'Alice tirent leur épingle du jeu.Ils sont formidables de vérité,d'authenticité.La jeune actrice cartonne d'ailleurs dans d'excellents seconds rôles,avec Juliette Binoche dans Sils Maria,par exemple.
Ce sont eux deux les maîtres-atouts du film .

Résumons-nous:si on n'aime pas le film,on dira qu'il est larmoyant,que le scénario est plat et manque d'originalité. Sinon, on reconnaîtra au film des qualités de pudeur et de simplicité.
Un film sobre qui évite tout mélo.C'est l'avis qu'a exprimé Hugues Dayez au journal de 13h sur la RTBF.

                                


                                                                                                                                                                La mère et la fille vont faire un bout de chemin l'une vers l'autre pour se comprendre et s'apprivoiser.

LE CHARDONNERET de Donna TARTT

                                     

LE  CHARDONNERET

LIVRE  de 1.200 pages en poche.

L'art du suspense n'est pas l'apanage des seuls polars et thrillers.Donna Tartt nous en donne la preuve dans son roman.Au début de l'histoire,suite à un événement dramatique,le jeune Theo perd sa mère et se retrouve en possession d'un tableau d'une valeur inestimable.14 ans plus tard,il est dans une chambre d'hôtel à Amsterdam où il vit dans la crainte.Pourquoi?Que s'est-il passé?La romancière n'en dit rien.Pendant +/- 500 pages,elle raconte la vie tourmentée de l'orphelin à la dérive,ses rencontres,ses déménagements(New York/Las Vegas/ re-NewYork....),mais sans jamais évoquer explicitement le tableau.Le lecteur sait juste qu'il est bien emballé et caché dans une taie d'oreiller que l'enfant trimballe avec lui.Et donc nous sommes tenus en haleine,car de toute évidence,ce petit tableau (le titre du livre:"Le chardonneret") peint au 17ème siècle est l'enjeu,la pièce-maîtresse de l'histoire.

Le jeune Theo revenu à New York renoue avec l'antiquaire qui l'avait accueilli après le drame,il devient un excellent vendeur d'antiquités,tente de renoncer à ses addictions diverses,vit l'une ou l'autre aventure amoureuse ....Quand tout à coup,p686:grand coup de théâtre,événement tout à fait improbable qui réveille le lecteur ....
C'est palpitant. 
P 786: nouveau coup de théâtre !!! Oulala .....Je n'ai plus lâché le livre.

L'épisode à Amsterdam est fort dans la confusion.Désordre des sentiments exprimés et des paroles échangées entre "Potter" et Boris.
Pessimisme et désespoir lucide.
Par contre,les dernières pages du livre sous forme de confession/réflexion/mise à distance de sa vie...sont touchantes et écrites dans un style remarquable.
Un extrait qui évoque le rapport si personnel que chacun entretient avec une oeuvre d'art:

"...Tu vois un tableau,j'en vois un autre,le livre d'art le place encore à un autre niveau,la dame qui achète la carte à la boutique du musée voit encore tout à fait autre chose,et je ne te parle pas des gens séparés de nous par le temps,quatre cents ans avant nous,quatre cents après notre disparition,cela ne frappera jamais quelqu'un de la même manière, pour la grande majorité des gens,cela ne les frappera jamais en profondeur du tout,mais un vraiment grand tableau est assez fluide pour se frayer un chemin dans l'esprit et le coeur sous toutes sortes d'angles différents,selon des modes uniques et particuliers.
A toi,à toi.J'ai été peint pour toi..."( p1081)

Voici un auto-portrait de ce peintre,Carel FABRITIUS (1622-1654)

                                      


                                               


              Quelle magnifique expression,mélange de charme et  de douceur !!
                                                         

lundi 9 mars 2015

DEVENIR SOI de Jacques ATTALI

                                                                                          

                              LIVRE 

Cet essai de moins de 200 pages doit être considéré comme un ouvrage de salubrité publique.Jacques Attali y exprime dans un langage simple,accessible à tous et toutes des choses essentielles.Chacun peut ,là tout de suite,prendre sa vie en mains,se responsabiliser, cesser d'être un assisté,un "résigné-réclamant".Chacun peut se choisir, se réaliser,réaliser ses rêves,avoir une bonne vie,intéressante,riche,rayonnante.
C'est à notre portée
Les conditions, le contexte de cette prise en mains sont explicités p.156.
Voici l'extrait qui permettra aussi d'appréhender le style vif,précis de l'écrivain.

  "[...] Il y faut en général un Evénement. Il peut s'agir d'un choc ou d'une évolution lente, d'un déclic ou d'une longue maturation, d'un conseil stimulant ou d'une contrainte intolérable, d'une grande abondance matérielle ou d'une extrême pauvreté, de la rencontre d'un maître ou d'une rupture avec une famille ou un milieu, d'une situation qui force à se prendre en main ou d'une routine étouffante, de la volonté d'être absolument soi-même ou d'une irrésistible envie de devenir autre, de la rencontre avec soi ou de la rencontre d'un Autre dont la présence suscite une rupture avec soi. L'Autre, condition si souvent nécessaire et suffisante du "devenir-soi"...
Mais l'Evénement, quel qu'il soit, en général ne suffit pas. Il faut (en particulier pour ceux aux yeux de qui le "devenir-soi" n'est pas une évidence) un moment d'isolement au moins sur le plan mental, une phase de silence, de concentration, de méditation - une Pause.
Pendant cette pause, il convient de parcourir un Chemin en cinq étapes, que voici :
1/ Comprendre les contraintes imposées à sa vie par la condition humaine, par les circonstances et par les autres.
2/ Se respecter et se faire respecter ; réaliser qu'on a droit à une belle et bonne vie, à du beau et du bon temps.
3/ Admettre sa solitude ; ne rien attendre des autres, même de ceux qu'on aime ou qui nous aiment ; et, grâce aux étapes précédentes, la vivre comme une source de bonheur.
4/ Prendre conscience que sa vie est unique, que nul n'est condamné à la médiocrité, que chacun a des dons spécifiques. Et qu'on peut même, au cours de sa vie, en mener plusieurs, simultanément ou successivement.
5/ On est alors enfin à même de se trouver, se choisir, prendre le pouvoir sur sa vie.
Au bout de ce chemin qui peut et doit être revisité plusieurs fois au cours d'une même existence, qui peut se parcourir en une heure ou en plusieurs années, on doit ressentir comme un arrachement, une désintoxication, une libération par rapport à sa dépendance antérieure, proche de ce que certains nomment "éblouissement" ou "pleine conscience", que j'appelle ici Renaissance.
[...] Alors je vous le dis : prenez-vous en main, libérez-vous des conformismes, des idéologies, des éthiques et des déterminismes de toute nature. N'attendez plus rien de personne. Ecoutez-vous. Ayez le courage d'agir. Rien ne justifie de se résigner, d'accepter les faits accomplis, de n'attendre que de l'autre la réponse à des difficultés personnelles. Et, en particulier, de l'attendre des puissants ou de l'Etat. La bonne vie est une vie où l'on se cherche sans cesse, où l'on se trouve mille fois successivement ou simultanément."

Cette 4ème partie du livre est la plus dense,la plus intense,la plus exigeante aussi.
Auparavant,l'écrivain multiplie les exemples de personnalités diverses et variées qui prenant leur vie en mains ont pu servir les autres,la société.

Lisez ce livre.Vous en ressortirez ragaillardis,grandis,plus optimistes, plus confiants dans votre capacité à changer,à vivre vos rêves,à vous réaliser pleinement comme être humain. 

                                


                                       
                   Voici une photo de Jacques Attali qui traduit bien sa personne.

dimanche 1 mars 2015

AMERICAN SNIPER de Clint Eastwood

                                
                                 

     FILM

Une constante des films de Clint Eastwood est  leur humanité.
L' 'humain dans toute sa fragilité, avec ses faiblesses, ses démons.
Rappelons-nous l'effondrement absolu du personnage de Tim Robbins dans "Mystic River" ou l'impossible choix de Meryl Streep dans "Sur la route de Madison".

Cette fois,c'est l'histoire d' un tireur d'élite, Chris Kyle (1974-2013) qui est portée à l'écran.
Pourtant , on échappe à l'ambiance plombée,suffocante,sans appel du film de guerre et cela grâce à l'Art, la magie du cinéaste.Clint Eastwood n'hésite pas ,dès le début du film à montrer les côtés moches, veules de son héros qui s'humanisera peu à peu.Les images du 11 septembre retransmises à la télé actionneront la fibre patriotique et le conduiront à s'engager sur le front irakien.Ensuite, les cas de conscience du sniper face à une cible humaine (une femme et son jeune fils / plus loin,un enfant qui pense s'emparer d'un lance-roquette...) se multiplient.Le soldat se double aussi d'un mari.La rencontre avec sa future épouse,le mariage,la vie conjugale,la naissance des enfants, tout cela nous est montré,renforçant le côté humain.Équilibrant aussi le film qui ne se limite pas à des scènes de guerre.
Sa femme le presse de revenir,de retrouver sa place d'époux et de père.
Il reste mutique à ses appels,il reste "absent" d'esprit lors de ses retours au pays.On le sent hanté par la "mission" qu'il s'est imposée.Il se bat pour eux, sa femme et ses enfants.
L'espèce de skizophrénie qui s'empare inévitablement du soldat , son mal être sont rendus subtilement dans quelques scènes courtes:on le voit prostré devant un écran de télé éteint ou dans un bar,incapable de rentrer"at home"...
Le vétéran trouvera finalement un sens nouveau,rédempteur à sa vie: aider ses compagnons  plus abîmés que lui par la guerre.
Sa fin tragique pose question.

                                        




 L'acteur Bradley Cooper est à ajouter au palmarès des choix judicieux de Clint Eastwood.