dimanche 25 novembre 2018

LA SEULE HISTOIRE de Julian Barnes

LIVRE

Le romancier britannique n'est pas un inconnu en littérature francophone.
Cette fois,il publie un roman d'initiation,genre éducation sentimentale à l'anglaise,car cette "seule histoire" est évidemment le récit d'un premier amour qui marque chacun(e) de sa trace indélébile.

Ici,c'est Paul,jeune homme de 19 ans qui s'emballe d'une femme bien plus âgée que lui,Susan.Ils se rencontrent à l'occasion d'un tournoi de tennis et nouent peu à peu des liens de plus en plus intimes.On est dans les années 60 et l'action se situe dans la banlieue londonienne.
Cette histoire d'amour est racontée dans un style séduisant et pourtant simple,sans apprêts...Beaucoup de délicatesse dans l'approche de ces deux êtres,une fine analyse psychologique.
Il ne faut pas être pressé quand on lit ce roman.Il y a une certaine lenteur et les cent premières pages me sont apparues comme un long prélude... et puis,ça décolle.
La construction narrative est aussi très habile et significative,s'accordant parfaitement aux périodes de cette histoire d'amour.
La première partie est racontée en JE,on passe ensuite au VOUS,ce qui implique davantage le lecteur dans le déroulement des événements et la troisième partie adopte la forme plus distanciée du IL.Intéressant pour accompagner une sorte de bilan,une vision d'après-coup.

Voici une citation qui résume la pensée du narrateur: 

"Un premier amour détermine une vie pour toujours : c'est ce que j'ai découvert au fil des ans.
Il n'occupe pas forcément un rang supérieur à celui des amours ultérieures, mais elles seront toujours affectées par son existence. Il peut servir de modèle, ou de contre-exemple. Il peut éclipser les amours ultérieures ; d'un autre côté il peut les rendre plus faciles, meilleures. Mais parfois aussi, un premier amour cautérise le cœur, et tout ce qu'on pourra trouver ensuite, c'est une large cicatrice"p94. 

Il y a aussi 2 pages d'anthologie à propos de ce que l'auteur nomme "les catégories de sexe" où il place ce qu'il nomme "le sexe triste" tout en bas de l'échelle.
Il le différencie du bon sexe,du mauvais sexe,du sexe solitaire et de "pas de sexe du tout",pages158 à 160,pages incroyables!!!

jeudi 22 novembre 2018

Bohemian Rhapsody de Bryan Singer

FILM

Les génies sont souvent des êtres tourmentés, torturés, décalés,instables...mais dotés d'une puissance créatrice fulgurante.
Ils font éclater les codes et ouvrent une nouvelle ère.
Pensons à Rimbaud, Mozart,Michel-Ange.
Freddie Mercury en est un.Assurément.

Le biopic retrace le destin de ce chat égaré,mal à l'aise dans sa bisexualité, prêt à tous les excès...et d'une sensibilité exacerbée.
Film bien construit qui alterne les moments de création des chansons,la vie du groupe Queen et l'itinéraire personnel...avec en point d'orgue,le mythique concert "Live Aid" en 1985.
Casting parfait.Tous les acteurs sont performants et crédibles👏👏👏


https://www.facebook.com/BohemianRhapsodyMovie/


                                                         

                                     L'acteur Rami Malek assure un max.

Sa présence en scène est vraiment bluffante:quelle débauche d'énergie,quelle gestuelle.
Vraiment rien à envier à Michael Jackson!!!  

Avec le recul...,le film consacré à Freddie Mercury me semble le constat d'une grande solitude:enfant de réfugiés pakistanais,il était désapprouvé par un père qui attendait de lui d'autres performances.Souvent séparé de sa fiancée,Mary pendant les tournées du groupe,il souffre de cette absence et quand il réalise sa bisexualité,il s'entoure souvent de personnes incongrues,peu capables de combler ses manques affectifs.
Son excentricité,ses tenues extravagantes,ses soirées orgiaques masquaient un tempérament d'une extrême sensibilité.
Finalement,c'est le destin d'un être solitaire qui apprendra à s'aimer une fois que sa relation à son ami,Jim Hutton le stabilisera.

lundi 19 novembre 2018

FAMILLE PARFAITE de Lisa Gardner

LIVRE

Lisa Gardner a déjà publié une grande quantité de polars,avec plus ou moins de bonheur.
"La maison d'à côté",2009 était une réussite du genre.
Cette fois encore,l'auteure parvient à nous tenir en haleine avec un sujet assez banal:le kidnapping d'une famille.Sauf que c'est Lisa Gardner qui le traite,mêlant habilement l'enquête policière,les impressions de la mère récemment trompée par son mari,propriétaire d'une société prospère,la description des ravisseurs etc...
On navigue entre huis-clos familial,interrogatoires des proches et rivalité policière.
Qui est le commanditaire? Comment payer la rançon?Où est séquestrée la famille composée de ce couple et de leur fille ado?
Ce sont ces questions auxquelles policiers du FBI ou du Comté du New Hampshire doivent répondre au plus vite,bien sûr...Une vidéo et son ultimatum temporel a été rapidement postée.
Jusqu'au bout,on se demande QUI  est à l'origine de l'enlèvement et veut se faire un max de tunes...On a bien sûr sa petite idée au fil des interrogatoires des proches...et on se félicite d'avoir eu la bonne intuition.

lundi 12 novembre 2018

LE GRAND BAIN de Gilles Lellouche

L’image contient peut-être : une personne ou plus et personnes debout 

FILM

Le film nous propose une belle brochette d'acteurs,bien dirigés, totalement crédibles.
On sourit plus qu'on ne rit,car ces hommes,genre paumés,bras cassés sont surtout touchants,touchants de maladresse,de rêves dérisoires.
Leur Amérique à eux,c'est de se retrouver pour ce cours de natation synchronisée,de s'encourager, de s'écouter...de peut-être réaliser une performance...
Donc une comédie réjouissante, fraternelle,...un chouïa trop longue, à mon goût.
Et aussi...,pourquoi avoir poussé le personnage du coach, interprété par Leïla Bekhti jusqu'à l'hystérie?...elle crie,elle hurle sur les apprentis nageurs... Inutile outrance😞
 

FRÈRE D'ÂME de David Diop

                                 


 LIVRE 

Pas facile de parler d'un roman qu'on n'a pas trop aimé,alors que de nombreux lecteurs et critiquent littéraires l'encensent.Je m'y risque.
Le propos:deux soldats,des tirailleurs sénégalais sont engagés dans les combats de la Grande Guerre.L'un des deux est tué laissant l'autre,l'ami d'enfance démuni,hagard,sombrant dans la folie.
La première partie suit cette dérive existentielle et les gestes insensés qui l'accompagnent.
Retiré du front,évacué vers l'Arrière,le paysan d'Afrique se remémore son enfance solaire où les deux amis vivaient dans l'insouciance.
Histoire simple,très simple,d'une grande pauvreté narrative.
L'écriture que beaucoup qualifient de lumineuse,épurée,poétique,je l'ai surtout trouvée répétitive,lassante,parfois incongrue...
Bref,je n'ai pas du tout vibré pour ce roman qui m'a plongée dans l'ennui et la perplexité.
  

samedi 10 novembre 2018

Tu t'appelais MARIA SCHNEIDER de Vanessa Schneider

LIVRE

Raconter la vie tourmentée,gâchée,tragique de sa cousine,tel est le propos de Vanessa Schneider et c'est une réussite.
Le point de vue de l'auteure est ce regard d'une enfant de 6/8 ans qui voit souvent débarquer chez ses parents sa cousine plus âgée,telle une âme en peine.
Elle s'adresse à elle en utilisant le tu,ce qui rend le témoignage si vivant,si intime.
Elle exprime tout ce mélange de sentiments éprouvés à l'égard de la cousine célèbre et si démunie:admiration,fascination,compassion,parfois frayeur enfantine devant les excès de celle qui a trouvé refuge dans la drogue.
Le ton est juste,il évite le piège du voyeurisme ou de l'apologie.Témoin privilégié de ce destin tragique,l'auteure raconte les faits,les instants marquants,tout en s'impliquant personnellement dans le récit qu'elle vit comme une dette dont on s'acquitte.
Les deux cousines avaient fait le projet de rédiger ensemble la biographie de Maria.
Son décès en 2011 a empêché sa réalisation.Vanessa s'est donc emparé du sujet et l'a traité en solo.
Voici la 4ème de couverture:
  « Tu étais libre et sauvage. D’une beauté à couper le souffle. Tu n’étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du "Dernier Tango à Paris", un huis clos de sexe et de violence avec Marlon Brando. 
Tu étais ma cousine. J’étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d’une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. 
Tu n’étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s’est installée. Cette histoire, nous nous étions dit que nous l’écririons ensemble. Tu es partie et je m’y suis attelée seule, avec mes souvenirs, mes songes et les traces que tu as laissées derrière toi..."

Le style est au service de ce projet aussi délicat qu'ambitieux:des phrases courtes,percutantes.Inutile de s'appesantir,d'en remettre des couches.Dire l'essentiel et le dire finement.C'est total réussi.

                                                

                                                  Maria Schneider

lundi 5 novembre 2018

COLD WAR de Pawel Pawlikowski

FILM

Attention CHEF-D'OEUVRE****
Ma-gni-fi-que

Ce film réunit tant de qualités:qualité des acteurs,qualité de la photographie,qualité du montage,qualité de la narration, de la musique,des chants...
Et bien sûr,cette mise en scène,prix remporté au dernier festival de Cannes.
Le film méritait évidemment la Palme d'Or. 
Les 6 minutes de standing ovation suite à sa présentation à Cannes témoignent de l'enthousiasme du public qui lui ne s'y est pas trompé!!!

Cette histoire d'amour vécue dans le contexte "glaçant" de la guerre froide dans les années 50/60 est juste éblouissante.Les acteurs,Joanna Kulig et Tomasz Kot servent le film avec sincérité et talent.L'actrice s'est intensément préparée pour endosser son rôle de danseuse/chanteuse.Le résultat est bluffant.
Le réalisateur polonais a beaucoup hésité avant d'opter pour le Noir et Blanc.
Excellent choix qui semble évident quand on regarde le film et que,dès le début,on oublie cette caractéristique.
Un dernier mot sur cette mise en scène si intelligente.Elle fait preuve d'un remarquable esprit de synthèse:chaque séquence nous livre l'essentiel,sans s'attarder,ni développer inutilement...Le spectateur a compris.Fondu au noir,on passe à l'épisode suivant.

Allez voir ce film.N'hésitez pas.Il ravit le coeur et les yeux.