lundi 12 août 2019

L'amour est aveugle de William BOYD

LIVRE

Un bon roman d'amour qui se lit facilement.C'est parfait pour l'été.
L'écrivain,auteur de nombreux romans nous propose un voyage à travers l'Europe à la fin du 19ème siècle.Le héros,Brodie,accordeur de talent,originaire d'Edimbourg accepte avec enthousiasme un emploi à Paris où sa réputation se confirme rapidement.
Les propositions abondent pour accorder les pianos d'artistes célèbres et l'entraînent dans différentes villes dont Saint-Pétersbourg et Nice.Une belle aventure sentimentale,un amour traqué,un mari jaloux,un duel fatal...voilà les ingrédients parfaits d'un récit à rebondissements et péripéties diverses.
Une histoire de "bruit et de fureur" dans un contexte de fin de siècle où l'on entend le pas des chevaux,où l'on hume la fumée d'un tabac écossais et où les datchas sont ces îlots de plaisir et de langueur...avec comme ennemi tapi dans l'ombre,une maladie non encore maîtrisée,la terrible tuberculose.

dimanche 4 août 2019

NUITS APPALACHES de Chris OFFUTT

LIVRE

Cet écrivain américain nous raconte une histoire terrible,attachante que l'on reçoit en pleine figure.On est d'emblée captivé par le destin de ce jeune homme,Tucker qui revient de la guerre de Corée et regagne sa terre natale,le Kentucky.
Les événements se précipitent,les rencontres sont "hard"...Tucker sait ce qu'il veut et comment il le veut,personne ne se mettra en travers de sa route.
Pas de quartier pour un oncle abuseur,ni pour un conducteur qui tente de l'arnaquer.
La rencontre de Rhonda sera décisive pour la suite du récit. 
L'écriture est sèche,directe,brutale même...ça avance comme un courant fort,implacable.
Jamais on ne s'appesantit,jamais on ne commente.
C'est aussi une très étrange alchimie entre sensualité et violence,car les armes ne sont jamais loin:couteaux,crans d'arrêt,fusils,revolvers derringer...Notre héros revient de la guerre et il en a vu d'autres.
Même s'il est resté sensible à l'émoi de la nature:insectes,plantes,arbres.On évoque l'orage,les lucioles,les sauterelles,les tortues...
Exemples:
"Il n'avait jamais compris la peur de l’orage. C’était juste de l’eau. La moitié de la planète était faite d’océans et de lacs et de rivières, et il avait entendu que les humains étaient largement composés d’eau eux aussi. Pour lui, le tonnerre intervenait quand deux nuages se percutaient. La foudre naissait de leur friction, comme les étincelles lorsqu’on frotte deux cailloux, et la pluie était une sorte de sang qui s’écoulait des nuages blessés. Il respirait paisiblement. L’orage allait passer et ça ne lui faisait ni chaud ni froid."

" Les lucioles scintillaient au ras du sol. Il avait entendu dire que c’étaient les femelles qui s’illuminaient afin d’attirer les mâles, un comportement logique pour un insecte qui ne sortait que la nuit. Les flancs de collines escarpés de chaque côté du ruisseau bloquaient la lumière des étoiles."

" Une sauterelle atterrit sur son avant-bras et il admira son corps vert soyeux, ses pattes dentelées et ses ailes délicates. Elles étaient plus jolies que les criquets et ne vous pissaient pas dessus comme les grenouilles."

Les lieux,les Appalaches,la nature si présente,tantôt hostile,tantôt généreuse pour qui sait l'apprivoiser ne sont pas sans rappeler les romans de Ron Rash***,notamment "Un pied au paradis" qui m'a emballée.
Décidément,les éditions Gallmeister*** ont l'art de mettre à l'honneur de vrais talents littéraires,on peut leur faire totalement confiance.

vendredi 26 juillet 2019

So Long,my son de Wang Xiaoshua,cinéaste chinois

FILM

FILM MAGNIFIQUE***
Fort, intense,dur aussi... autour d'un drame familial dont on veut comprendre la clé.
Nécessaire longueur du film (3h) pour mettre en place un contexte,une évolution/rupture entre passé et présent.
Un cinéma qui laisse s'installer chaque plan, chaque instant...une lenteur jamais ennuyeuse.
Extrême pudeur, sobriété dans l'expression des sentiments.
Le couple central est criant de vérité.
Deux interprètes talentueux, légitimement récompensés par 2 prix d'interprétation au festival de Berlin.


Le film du cinéaste chinois n'est pas dépourvu d'implication politique.
En effet,cette fresque qui s'étend sur 30 ans écorne la toute-puissance du système chinois,la politique de l'enfant unique imposée à chaque famille,si inhumaine et dévastatrice.
On peut aussi être sensible à la dimension métaphysique du film,en retirer une sorte de morale:quatre axes s'y retrouvent.
D'abord la faute et son corollaire la culpabilité.Plus tard dans le récit...,l'aveu et le pardon.
L'ambiance générale pourrait être celle d'un film russe à la Dostoïevski.










mardi 23 juillet 2019

EN CAS D'AMOUR de ANNE DUFOURMANTELLE




 LIVRE*** Coup de Coeur 💓

Ce livre plein d'humanité,de finesse, d'intelligence rend totalement accessible la pratique psychanalytique.
Ce lien si particulier entre deux personnes, l'une qui écoute, l'autre qui vient "déposer" (sic) son vécu,son enfance à vif,ses peurs,ses blessures,ses insuffisances...et surtout un immense espoir d'aller mieux.
Cette rencontre est l'objet du livre divisé en courts chapitres, séances où l'analyste,A.D., écoute, parvient parfois à dénouer les nœuds, à libérer du non-dit, à relier aux générations précédentes...surtout écoute...


C'est passionnant, c'est interpellant aussi.
Franchement,si l'humain vous intéresse,il est pour vous,ce livre.

Il vous fera entrer de manière originale dans le monde de l'inconscient,des rêves...
C'est un traité de vie...et puis c'est tellement bien écrit.
Un livre de salubrité publique,marqué par la grâce.


Quelques extraits:

L'inconscient:"L'inconscient est une instance logique.
Il joue plusieurs coups d'avance sur l'échiquier.
Il tient en respect plusieurs menaces à la fois et vise à obtenir le maximum de satisfaction en tenant compte de l'adversaire."p60. 

Les rêves: "Il est pourtant extrêmement troublant de se pencher sur les rêves.
Leur précision,leur texture,leur résonance intime,le matériel inouï qu'ils mettent parfois à la disposition du rêveur en allant chercher des lieux oubliés,des prénoms d'une précision absolue appartenant à quatre générations passées,un savoir historique à peu près totalement enfoui,me font penser qu'ils sont des indicateurs de notre psyché [...]
Si nous écoutons le message,si nous sommes attentifs à leur valeur....le relief de notre existence s'en trouve accru,intensifié,magnifié..."p71.

Encore les rêves:"Les rêves nous transmettent ce savoir des lieux,tous ceux qui nous ont bouleversés,traversés acquièrent en rêve une singulière importance,une force certaine.
Notre fidélité ou infidélité aux lieux dit la manière dont nous habitons le réel et la vie..."p154.

L'enfant en nous:"Dans chaque adulte,il y a un enfant et dans chaque enfant,un guerrier.Un enfant plus ou moins abîmé qui n'oublie pas.
N'oublie jamais la terreur qui l'a traversé et l'attente qui l'a porté.
Nous les grandes personnes,sommes redevables envers cet enfant-là qui en nous porte cette mémoire..."p168.

L'enfant abandonné!:"L'enfant abandonné,c'est celui qu'on ne cherche pas et qui à la fin du jeu de cache-cache sort de sa cachette en disant à la cantonnade:
tant mieux,de toute façon,je voulais pas qu'on me trouve."p122. 
Terrible!!! 
  


 



lundi 8 juillet 2019

La vie avec LACAN de Catherine Millot

LIVRE

Catherine Millot a été la dernière compagne de Lacan.
En 2016,encouragée par Philippe Sollers,elle raconte cette vie avec Lacan.
Leur rencontre,l'analyse,les voyages,les amis proches dont François Cheng,...et bien sûr la personnalité de Lacan.
Le texte est à la fois personnel et pudique et Lacan se dessine au fil d'anecdotes,d'aventures,de rencontres,mais aussi dans le quotidien.
On découvre un être d'une grande simplicité,travailleur infatigable (il recevait en analyse de 8h à 20h!!!).Il faisait preuve de bienveillance et de beaucoup de générosité.
Il aimait les rituels,celui du restaurant presque chaque soir,il évoquait peu le passé,ne mentionnait pas de souvenirs.Il avançait dans la vie animé d'un désir"dont la force ne cessait de m'impressionner" dit-elle...un vrai bélier,né le 13 avril.
Il aimait skier,conduisait vite,très vite,trop vite?
Il lui fit découvrir les villes italiennes,en particulier Rome,ses églises,ses restaurants,ses prélats!...les oeuvres du Bernin qu'il affectionnait particulièrement.

Le récit évoque en passant la pratique psychanalytique,les congrès en Italie,Espagne,Hongrie où elle l'accompagne,les Séminaires,notamment le célèbre Séminaire XX "Encore" qui porte sur la féminité.C'est à cette époque qu'il s'intéresse aux fameux noeuds borroméens,les 3 dimensions de sa théorie:le réel,le symbolique et l'imaginaire.

                                     

                       
Pour ceux qui connaissent bien Lacan,sa vie,sa pratique,
le livre est un témoignage personnel sur celui qui a fait accéder la psychanalyse freudienne au structuralisme.
Pour le lecteur moins initié,c'est une manière légère et intéressante de découvrir qui était Lacan.

On peut regarder avec intérêt un documentaire réalisé par Gérard Miller en 2011 sur Lacan.
Des analysants parlent, évoquent leur perception de ce grand psychanalyste.
Lien: https://www.youtube.com/watch?v=gdg0822u3pA

vendredi 5 juillet 2019

La solitude CARAVAGE de Yannick Haenel

LIVRE

Coup de coeur***

Il est des lectures qui nous transportent,des phrases qui invitent à l'arrêt pour en restituer la petite musique si singulière.
C'est le cas pour le dernier livre de l'écrivain. 
Il nous raconte sa "rencontre" avec une oeuvre de Caravage alors qu'il a 15 ans,un vrai coup de foudre pour cette Judith,héroïne d'un tableau qu'il ne voit pas dans sa globalité et son contexte si tragique.
C'est cette passion,ce choc pictural et affectif pour ce peintre hors norme qui nous sont contés.
Yannick Haenel traverse la peinture du Caravage,il la décortique,la commente,met en lumière les composantes des tableaux :une perle,une goutte d'eau,la lame d'un couteau,une pelure de poire,un sourcil froncé,une larme,des pieds sales,la croupe d'un cheval...
Tout fait sens.
La narration est chronologique.Nous avançons de tableau en tableau au gré de l'évolution du peintre,au gré de la lente reconnaissance de son génie,au gré des villes où il réside,de Rome jusqu'à Naples et Malte,au gré de ses frasques,de sa vie tumultueuse,si intense.
C'est un peintre déroutant que ce Caravage,subversif qui tord les codes académiques.
Sa peinture des fruits,par exemple,d'une corbeille de fruits en raconte autant que l'expression d'un visage,d'un regard...
On est loin des natures mortes de Jean Siméon Chardin que Proust commentait ainsi:"Nous avions appris de Chardin qu'une poire est aussi vivante qu'une femme",p128,mais l'émotion chez Caravage est différente,moins innocente,plus chargée d'intention...

Y.Haenel est complètement pris par cette peinture (lors de la visite d'une expo à Milan,il est  tellement absorbé par la force de ce qu'il a vu qu'il en oublie son carnet de notes et ses lunettes,p254).Il en est imprégné,obsédé.
Ses analyses fines,sensibles,détaillées rendent compte de la sauvagerie,de la violence et surtout du génie de ce maître qui magnifie le NOIR,la NUIT,la MORT avec des éclats de lumière et de vie qu'il ne manque pas d'épingler.
Tels ce petit carré blanc réverbéré dans La conversion de Madeleine (p253) ou le torse blanc du Christ flagellé ou la perle à l'oreille de Judith ou la larme de Madeleine pénitente (p247).
On peut affirmer sans se tromper que durant 3 ans,l'écrivain a vécu dans l'aura de Caravage,ce peintre hors normes qu'il sonde,qu'il scanne et réhabilite surtout,invitant à sortir des clichés qui le qualifient et le réduisent.
Il nous le rend proche,accessible,intime.
Ce livre est une réussite,l'écrivain s'est surpassé dans une écriture totalement habitée.
BRAVO.

Voici le lien d'un entretien avec Yannick Haenel sur France Culture du 4 Mars 2019
https://www.franceculture.fr/emissions/le-reveil-culturel/yannick-haenel-le-caravage-et-francis-bacon-peignent-la-violence-sans-laimer-ce-sont-mes-deux

Et 2 tableaux que l'écrivain affectionne particulièrement:





 

jeudi 27 juin 2019

Face au vent de Jim Lynch

LIVRE

Décidément,les éditions Gallmeister ne cessent de publier de vraies pépites.
Ce roman vient confirmer leurs bons choix.
A priori la voile n'est pas mon thème de prédilection,mais dès le premier paragraphe,je suis tombée sous le charme,pressentant un récit plein d'humour et de légèreté...
Le voici ce 1er paragraphe:

                                               

Je n'ai pas été déçue,car l'écrivain américain,Jim Lynch a le chic pour nous faire vivre les tribulations de cette famille...cette tribu totalement dédiée à la voile et aux courses nautiques depuis 3 générations.



Le grand-père dessine les voiliers, le père les construit, la mère, admiratrice d’Einstein, étudie leur trajectoire, le fils Josh les répare.Le père est un vrai phénomène,toujours en train de s'emporter,de chercher des noises,de critiquer les choix de ses enfants:l'aîné,Bernard mêlé à d'improbables coups...Josh,le tranquille,le lien fort de la famille qui assume l'héritage familial et protège sa petite soeur Ruby,vraie magicienne de la voile qui a un talent inné pour deviner les vents,leur force,leur trajectoire.
Josh est le narrateur du récit.La mère est une scientifique originale,toujours plongée dans la résolution d'énigmes mathématiques et grande admiratrice d'Einstein qui lui aussi était un passionné de voile.

lundi 24 juin 2019

L'ANNIVERSAIRE d'Imma Monsó

LIVRE***

COUP DE COEUR
 
Roman palpitant, intelligent,très bien construit... à emporter pour l'été... Vraiment.
Le pitch 😂...
Un couple,depuis quelques temps,ne se parle plus.La communication passe par l'écrit.

Elle est tournée vers elle-même,vers sa vie intérieure nourrie de textes poétiques qu'elle se répète comme des mantras,alors que lui semble absorbé par un quotidien fort prosaïque.
Grâce à un récit enchâssé,on découvrira l'origine de cette restriction volontaire du mari.

Sur un billet,le mari propose une surprise à sa femme dont c'est l'anniversaire.
Rendez-vous le lendemain matin!!!
Ils partent en auto et se retrouvent assez vite en pleine forêt...
Voilà le début.


Le roman tient toutes ses promesses... jusqu'à la dernière ligne
Suspense assuré/écriture fine, efficace, précise.

L'écrivaine catalane est spécialisée en linguistique appliquée.
A l'évidence,les mots ,leur beauté,sont une inépuisable source d'inspiration.

mercredi 5 juin 2019

VENISE à double tour de Jean-Paul Kauffmann

LIVRE

J.P. Kauffmann est un obsessionnel,mais un obsessionnel déterminé qui n'ignore pas qu'il l'est.
Chaque livre (ne pas appeler ça un roman!!!) est le résultat d'une quête qui au début s'avère hasardeuse,incertaine,voire carrément vouée à l'échec.
Parfois,cette quête revêt les allures d'une vraie mission.
A Eylau,sur les traces du Napoléon russe...
A Sainte-Hélène,sur les traces du Napoléon exilé...
A l'église Saint-Sulpice,sur les traces d'un tableau de Delacroix...
Aux îles Kerguelen,sur les traces du chevalier de Kerguelen qui découvrit les îles en 1772 sous Louis XV...etc
Il ne craint pas les inévitables instants de doute,de remise en question,de perte du sens qui alternent avec des petites victoires.C'est le jeu,le prix d'un telle course au trésor.
Car,cette fois,installé pour quelques mois à Venise,capitale du catholicisme,en tout cas,recordman du nombre d'églises(140 au total),il s'attelle à repérer des églises définitivement fermées,ponctuellement ouvertes ou carrément à l'abandon.
Il a longuement préparé ce séjour et sur les traces d'un Sartre,d'un Paul Morand ou de Lacan ( tous amoureux de Venise...),il compte bien se faire ouvrir les portes de ces lieux consacrés.
Il faut dénicher des personnages importants,des responsables religieux ou artistiques qui gèrent le domaine artistique et religieux de Venise et possèdent les clés!!!

Pas étonnant que cet homme,ancien otage du Liban,s'intéresse à l'enfermement,la fermeture...Accédera-t-il à ces lieux fermés au public,tantôt délabrés,tantôt transformés en dépôts...?On le découvre au fur et à mesure du récit.
C'est l'occasion aussi d'approcher certains écrivains/voyageurs de Venise,mais aussi les tableaux des grands maîtres vénitiens:Le Tintoret,Le Titien,Tiepolo et son coup de coeur,Palma le Jeune...
Livre passionnant donc comme toute quête,plein d'érudition et de sensibilité.
Livre aussi attachant que son auteur.


 

samedi 11 mai 2019

L'autre côté de l'espoir de AKI KAURISMÄKI***

FILM

Après "Le Havre" sorti en 2011,le cinéaste finlandais s'est à nouveau intéressé en 2017 à la problématique des réfugiés.
Et c'est une réussite❤
Film original,personnel, intelligent.
On suit l'arrivée d'un réfugié syrien en Finlande entre humour et désespoir, hospitalité et rejet.
Certains visages s'ouvrent,d'autres se ferment.

Quel contraste entre la chaleur de certains habitants finlandais et la froideur bureaucratique des autorités policières et sociales.
Excellents comédiens à l'expressivité maximale,cinéaste qui va à l'essentiel,chaque plan est signifiant,pas de remplissage...
C'est parfait 👌

A voir sur ARTE jusqu'au 6 juin,en Replay.
A VOIR***....vous ne le regretterez pas.


                                                       

dimanche 5 mai 2019

CAPHARNAÜM de Nadine Labaki

FILM

Ce 3ème film de la cinéaste libanaise est un coup de poing,...un cri.
Cri de révolte d'un enfant malmené par la vie,par ses parents et qui n'a d'autres ressources que sa débrouillardise,son énergie pour faire face au désespoir et à la violence ambiante.
Ayant fui sa famille,Zain est recueilli et nourri par une immigrée éthiopienne Rahil,menacée d'expulsion et son bébé.En charge du bébé pendant les journées de travail,Zain s'acquitte fort bien de sa tâche.Un soir,Rahil ne revient plus et les deux petits sont livrés à eux-mêmes..
C'est l'errance dans les rues sales,...la débrouille totale pour se nourrir,trouver du lait remplaçant le lait maternel,pour se laver (scène ahurissante et hilarante du car wash à l'usage insolite!!!...) et tacher d'économiser quelques dollars pour gagner la Suède,rêve/mirage du jeune enfant. 
Nadine Labaki nous emmène dans ce dédale urbain et l'on suit effaré les déboires et les rares instants de réconfort des deux enfants.
D'autres péripéties et épisodes alimentent l'histoire.
Il faut saluer le choix très réussi des acteurs/actrices du film.Ils sont tous convaincants.
Comment a-t-elle déniché et si bien dirigé le jeune acteur qui interprète le rôle de Zain?(acteur syrien qui s'est réfugié au Liban de 2012 à 2018)
Sa petite bouille de révolté et de laissé-pour-compte est craquante.
Il porte le film sur ses frêles épaules.

Le film a été récompensé du Prix du Jury au dernier festival de Cannes,certains regrettent que ce drame familial n'ait pas reçu la Palme d'or.Ça se discute,bien sûr.
 

vendredi 3 mai 2019

LES GRATITUDES de Delphine de Vigan

LIVRE

Delphine de Vigan s'intéresse à l'humain,à l'âme humaine,aux relations humaines dans ce qu'elles ont de plus intime,de plus singulier.
Ici,elle "met en scène" ( le court roman se prêterait aisément à une transposition théâtrale) trois personnages dont la figure centrale est Mickka,récemment placée en séniorie suite à une soudaine perte d'autonomie et des perturbations langagières.
Elle ne trouve plus ses mots,emploie un mot pour un autre ( on pense immanquablement à la pièce de Jean Tardieu:"Un mot pour un autre"),s'empêtre dans les phrases et ne parvient pas toujours à se faire comprendre.
Une jeune voisine,Marie,lui rend visite,la stimule,l'encourage et les séances avec un orthophoniste bienveillant et compétent,Jérôme sont d'une grande utilité.
Mais ce sont surtout des liens humains qui se tissent,des liens de solidarité et de réciprocité,car Michka poussera Jérôme à renouer avec un père perdu de vue et elle éclairera Marie de conseils judicieux sur une possible maternité.Et elle aussi leur confiera un secret,voire une mission...car le temps lui est compté.

Si l'écrivaine voulait nous toucher,elle a atteint son but.On ne peut rester insensible à tant de bons sentiments,à une telle démonstration d'entraide et de gentillesse,mais n'est-ce pas "too much",ce monde de bisounours?
De plus,ces mots qui se télescopent et s'emmêlent pour Michka et ses interlocuteurs,ont le même effet sur le lecteur qui est parfois à la peine.
Une belle pirouette narrative est à relever dans les rencontres entre la directrice d'apparence si rude et autoritaire et Michka...TB.



mercredi 17 avril 2019

Il nous faudrait des mots nouveaux de Laurent NUNEZ



                           LIVRE
Livre coup de cœur ❤❤❤

L'écrivain et critique littéraire publie un essai très original,très inspiré et fort bien documenté.
Il évoque treize mots intraduisibles ,rencontrés aux quatre coins du monde...
Treize mots savoureux,étranges qui tous renvoient à des réalités,des vécus,des sensations complexes,diffuses et chaque fois si riches.Nous en avions conscience de façon confuse,imprécise et  ces mots désormais les identifient,leur confèrent des lettres de noblesse.
Ces mots ouvrent vraiment de nouveaux espaces,de nouvelles réalités.

J'ai retenu un mot inuit:Iktsuarpok..."la joie d'être bientôt joyeux",p58....le fait d'ouvrir sa porte et que peut-être quelqu'un approche...ou attendre,espérer l'imprévisible,mais pas quelque chose de défini,bien sûr...
Dans un récit énigmatique intitulé "La bête dans la jungle",Henri James présente un homme qui attend que quelque chose arrive...Arrivera-t-il quelque chose ou pas?
Buzzati dans "Le désert des tartares" a-t-il fait autre chose que concrétiser ce "Iktsuarpok"?

Un autre mot japonais,lui,m'a plu:Kintsugi.
C'est l'art de réparer,de glorifier les blessures,les cicatrices.
Le mot viendrait de l'histoire d'un serviteur qui ayant cassé le bol de son maître fut chargé de le recoller,mais il fallait qu'on vît la réparation,il fallait que la brisure apparaisse.
Nous aussi,êtres humains sommes des objets cassés,réparés...et nous apprenons à vivre avec ces blessures,elles font maintenant partie de nous.
Nous ne sommes plus des objets neufs...Chic alors.

Vous le constatez,ce livre fourmille de références littéraires,d'anecdotes,de citations aussi qui étayent le propos.En même temps,le style est léger,accessible,souvent drôle.
Jamais trop savant ou hermétique.
Ça se lit tranquillement en une après-midi,au soleil ou pas... 

Voici la table des matières qui reprend les 13 mots nouveaux.

                                       
 Voici aussi un lien vers l'entretien de l'écrivain sur tvTV5Monde...le 64'
https://culture.tv5monde.com/livres/et-si-certains-mots-allemands-ou-tcheques-rejoignaient-les-dictionnaires-francais-13735

dimanche 14 avril 2019

GREEN BOOK de Peter Farrelly

FILM

Grand gagnant des Oscars 2019,le film 
séduit un large public.
Et on peut comprendre cet engouement
pour un film sympa,consensuel,plein de bons sentiments.Le film a rencontré un vif succès aux États-Unis toujours prêts à se pardonner un racisme viscéral.
Il est donc agréable à regarder,servi par deux excellents acteurs, Viggo Mortensen et Mahershala Ali et filmé dans des espaces et décors évoquant les tableaux d'Edward Hopper:en effet,les tons vert pistache,bleu turquoise,caramel,abricot...inondent la toile."Années 60" oblige.
                                      


"Room in Brooklyn",Edward Hopper,1932.
 
En tournée dans les États du Sud,un célèbre pianiste noir et son chauffeur d'origine italienne apprennent à se connaître,à s'apprivoiser.
Tony,le blanc,inculte,impulsif,vulgaire va peu à peu "dégeler" Don Shirley,ce pianiste de jazz,si raffiné,si cultivé,limite snob et propre sur lui.Il va découvrir le plaisir de manger du poulet frit...avec les doigts,tandis que Tony améliore la prose des lettres qu'il envoie à son épouse restée à New York.
Ce duo fonctionne donc et nous avalons sans déplaisir les kilomètres parcourus...mais sans vrai enthousiasme non plus.Un sentiment de déjà vu,de politiquement correct...
Tant de films ont déjà traité ce thème du dépassement des préjugés,de l'accession aux valeurs de l'autre,de sa différence.
A voir en famille,assurément.

jeudi 28 mars 2019

La fille d'avant/The girl before de J.P.Delaney

LIVRE

Un thriller psychologique bien mené qui alterne allègrement deux histoires,celles de deux jeunes femmes,Emma,la "fille d'avant" et Jane,l'actuelle.
Toutes les deux fragilisées par un drame de la vie, tombent à quelques années de distance sous le charme d'une maison tout à fait particulière,issue de l'imagination et de la créativité d'un architecte peu commun,maniaque à l'extrême qui soumet ses locataires à des règles aussi étranges que strictes.
Les futures locataires ont dû répondre à diverses questions sur des sujets personnels,elles ont accepté une organisation de vie très précise sur les plans du chauffage,sécurité,lumière,rangement,....Très peu d'objets sont tolérés,on vérifiera régulièrement leur mode de vie et en cas d'insatisfaction,elles risquent coupures de lumière,d'eau,de wifi...etc
Mais le charme que dégage l'habitation l'emporte sur la pression et le carcan de ce bail drastique.
Jane a perdu un enfant,mort-né à la naissance et espère se ressourcer et rebondir après cet accident de la vie.Très vite,elle retrouve des traces de la présence de l'autre locataire,Emma qu'on a retrouvée morte au bas de l'escalier dans des circonstances inexpliquées...
Elle était l'amante de l'architecte qui privilégie les relations courtes et intenses.Un architecte maniaque,exigent,assez manipulateur dont Jane à son tour s'amourache...
Suite dans le livre...

Un bon policier donc,bien construit,original,mais dont le dénouement ne m'a pas convaincue,car bien sûr Jane va s'interroger sur les circonstances du décès d'Emma,en suivant plusieurs pistes,en recontactant des personnes qui l'ont côtoyée...et là,le lecteur se fait bien balader,mais la réponse est très peu crédible.
C'est gros comme une maison!!!...et franchement on se dit: TOUT ÇA POUR ÇA.

mardi 12 mars 2019

BLACKkKLANSMAN de Spike Lee

FILM
Fervent défenseur de la cause noire,Spike Lee nous a habitués à des films nuancés,intelligents,menés de main de maître.
Le "Inside Man" sorti en 2006 respirait l'intelligence,une grande maîtrise de la technique cinématographique.Le thème de la prise d'otage,relativement fréquent y était traité d'une manière originale,tournant presqu'en dérision son sujet.La construction du récit était époustouflante,insérant les interrogatoires des otages avant même la fin de la prise d'otage.
Une réussite.

Cette fois,il nous propose un film militant,film à thèse dont le risque reste souvent la tendance à la démonstration. 
Un policier blanc faisant partie d'une équipe mixte,moitié blanc/moitié noir est infiltré dans un groupe de blancs racistes proches du Ku Klux Klan...infiltration accompagnée et guidée par un policier noir qui prête sa voix au blanc.
L'intrigue est donc simple:un micro permet d'enregistrer les propos racistes et d'entamer une enquête.Mais la construction du récit se révèle quelque peu simpliste:on passe sans cesse du monde des blancs à celui des noirs,Black Power.
Les personnages,très bien interprétés par ailleurs sont un peu caricaturaux,ils manquent de densité et on n'est pas loin d'une vision fort manichéenne de la société:le blanc raciste, brute,limite débile face au noir imprégné de conscience militante et idéaliste.
Dommage,car les acteurs sont excellents et pas si bien servis par ce scénario finalement assez minimaliste.

dimanche 10 mars 2019

L'INFORMATEUR de John Grisham

 
 LIVRE

On est rarement déçu quand on lit un Grisham.
Je termine le dernier publié, L'Informateur sur une impression très positive.
Une vraie montée en puissance couronne ce thriller judiciaire qui s'intéresse à la corruption de la justice américaine.
Une plainte a en effet été déposée à l'encontre de la juge Claudia McDover et un trio d'enquêteurs judiciaires renseigné par un énigmatique "informateur" se charge de récolter des preuves de ses activités douteuses.
Ils prennent des photos de rdv,décortiquent les verdicts de procès,installent un mouchard dans les voitures de suspects...car il s'agit d'une opération d'envergure qui va révéler une organisation mafieuse dont la plaque tournante est un casino situé en terres indiennes au nord de la Floride.Les plantureux bénéfices tombent en grande partie dans l'escarcelle de la juge et d'un complice.Blanchiment d'argent,pot de vin,investissements suspects...
Tout y est.Et aussi l'intervention tardive du FBI qui a bien sûr les moyens de sa politique!!!
Mais une enquête de cette ampleur n'est pas sans risques,il s'agit d'accumuler des preuves sans éveiller de soupçons.Très difficile,voire impossible.
Les enquêteurs et principalement l'avocate Lacy Stoltz vont  l'apprendre à leurs dépens.

John Grisham sait donner une réelle densité à ses personnages,il prend le temps d'installer les faits,de tout expliquer et facilite l'accès à la compréhension du lecteur.

J'ai publié la critique d'un autre roman apprécié.En voici le lien.
"L'allée du sycomore"lu en 2018:
 https://parlonscinebouquins.blogspot.com/2018/12/lallee-du-sycomore-de-john-grisham.html

"Le clandestin",excellent polar aussi qui se passe à Bologne où Grisham a vécu un an,lui qui est un amoureux de l'Italie.
 

 

mercredi 20 février 2019

ORANGE AMÈRE de Ann Patchett

LIVRE
La romancière américaine nous livre un récit très intime et lumineux sur les tribulations familiales.La première scène ,celle du baptême du dernier-né est aussi l'instant d'un coup de foudre qui va chambouler la vie de deux familles et de 6 enfants.
Divorce,déménagement à une autre extrémité des USA (Virginie vs Californie),interminables trajets en avion pour rejoindre la famille de l'autre parent...tout ça nous est conté avec minutie et humour.
C'est surtout la grande liberté de ton adoptée qui frappe.Surtout grande liberté dans la construction narrative.
Ann Patchett se permet de passer sans transition d'une époque à l'autre,donnant la parole à l'héroïne du récit,Franny devenue jeune fille,interrogeant les autres enfants sur les circonstances d'un drame qui s'est déroulé pendant cette enfance tumultueuse et qui a engendré son lot de culpabilité chez les enfants.
C'est en tout cas,ce que le lecteur découvre au fur et à mesure,les révélations venant par petits bouts,progressivement. 

On l'aura compris:l'enfance,cette "enfance dont on ne guérit pas" a dit le philosophe ou le chanteur?,est au centre du roman,mais on suit aussi les parents dans leur vieillesse et jusqu'à leur mort.
Pour apprécier cette lecture,il faut accepter cette liberté de ton,ces changements d'époque,de point de vue...ne pas avoir peur d'être un peu désarçonné.