dimanche 5 février 2017

DANS LE JARDIN DE L'OGRE de Leïla SLIMANI

LIVRE

Ce n'est pas sans raison que Leïla SLIMANI a obtenu le Goncourt en 2016.
Quel que soit le sujet,son écriture est hypnotique,précise,percutante.Cette fois,c'est le portrait d'une femme addicte au sexe,incapable d'assumer ses tâches d'épouse et de mère,sans s'offrir des plans foireux,des rencontres hasardeuses,éphémères et surtout frustrantes.
C'est une vraie mécanique de l'amour qui la broie,la détruit... Elle se retrouve aspirée dans un tourbillon de mensonges,de bassesses,d'écœurements.
Comme dans "Chanson douce",la romancière nous parle d'un être à la dérive qui s'effondre,se disloque et laisse le lecteur interdit et pantelant.
C'est frontal,c'est cru,puissant surtout.


Pour ce sujet si délicat,il fallait une construction soignée du récit.C'est le cas.
L'histoire réserve en effet des surprises et s'achève sur une fin ouverte qui laisse totale liberté au lecteur.
Voici deux  extraits,preuves du style si maîtrisé: 

"Simone (la mère de l'héroïne) ouvre la porte,sa cigarette collée au coin des lèvres.Elle porte une robe portefeuille qu'elle a mal lacée et qui laisse entrevoir sa poitrine bronzée et sèche.Elle a les jambes fines et un ventre gras.Ses dents sont maculées de rouge à lèvres et Adèle ne peut s'empêcher de frotter sa langue contre les siennes en la voyant.Elle scrute les paquets de mascara bon marché qui collent aux cils de sa mère,note les traits de crayon bleus sur les paupières ridées."p84.


"Adèle a déchiré le monde. Elle a scié les pieds des meubles, elle a rayé les miroirs. elle a gâché le goût des choses. Les souvenirs, les promesses, tout cela ne vaut rien. Leur vie est une monnaie de singe. Richard a pour lui-même, encore plus que pour elle, un profond dégoût. Il voit tout d'un oeil nouveau, d'un oeil triste et sale. S'il ne disait rien peut-être que ça tiendrait quand même Qu'importe, au fond, les fondations pour lesquelles il a tant sué. Qu'importe la solidité de la vie, la sainte franchise et l'abominable transparence. Peut-être que s'il se tait, cela tiendra quand même. Il suffirait sans doute de fermer les yeux. Et de dormir."p150.


 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire