
Le film , enième version , sert très bien le roman de Tolstoï . Il réussit à allier une grande recherche esthétique, truffée de belles trouvailles scéniques , avec la descente aux enfers de son héroïne , Anna.
L'âme russe ? mais l'âme d'Anna , Antigone russe , est universelle . C'est une belle âme, capable d'empathie, sans compromission , authentique dans ses choix et ses renoncements . Un cristal pur .
Impossible dès lors de vivre dans l'univers étriqué de cette Russie , fin 19ème .... et surtout dans l'ombre de
ce mari, ambitieux, compassé, psychorigide.
Et pourtant , les critiques de tous bords crient haro sur le "navet" , le taxant de film kitch , meringué , de resucée ... Un exemple parmi d'autres : l'excellent Pierre Murat de TELERAMA dont je prends la liberté de retranscrire la critique.
LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 05/12/2012.
Il n'y a rien de plus bête qu'un réalisateur qui se croit intelligent. Pour renforcer l'artifice de la société russe du xixe siècle, Joe Wright a décidé, avec l'aide lourdaude du dramaturge Tom Stoppard, de filmer Anna Karenine dans un théâtre, avec quelques échappées vers l'extérieur. La scène devient donc successivement, une gare, un champ de courses et la chambre du fils de l'héroïne, les coulisses et les cintres faisant office de salons bourgeois ou de taudis populeux. En pleine crise de mégalomanie, Joe Wright (dont on avait beaucoup aimé Reviens-moi) a espéré devenir Fellini. Problème : avec ses facéties précieuses et ses extravagances kitsch, il atteint péniblement le niveau de Ken Russell...
La principale victime de son jeu de massacre, c'est Vronski, l'amant d'Anna, métamorphosé en blondinet bouclé, gandin aux allures de pantin qui, en toute logique, devrait provoquer non la passion de l'héroïne mais son rire et sa fuite. Faut dire qu'Anna, elle non plus, n'est pas gâtée : minaudant et sucrée, elle semble droit sortie d'un épisode de Sex and the city. Le summum du grotesque est atteint lors d'un bal où, sous le feu du désir qui les submerge, les futurs amants transforment leur valse en une espagnolade lubrique. Grotesque...
Les plus grandes Anna cinématographiques ont été Greta Garbo et Vivien Leigh. L'une parce qu'elle était languide et l'autre névrosée, comme le voulait Tolstoï. La faire interpréter, désormais, par des comédiennes ravissantes et rieuses, pétant le feu et la santé, comme Sophie Marceau il y a quelques années ou Keira Knightley aujourd'hui, est un non-sens absolu. — Pierre Murat
Je rejoins le critique sur un point : le choix de l'acteur incarnant Vronski n'est pas des plus judicieux !!!
Mais j'ai une tout autre approche de la scène du bal qui m'a bluffée.
La théâtralisation voulue des scènes d'intérieur ( la maison de la famille , le lit de Seriochka ... )
et d'extérieur ( la course de chevaux, la scène de la patinoire, la moisson .... ) rafraîchit notre regard de
spectateur.
Non, ce n'est pas , loin s'en faut , une version appauvrie de ANNA KARENINE .
Pour les amateurs , retenez ce célèbre INCIPIT ( = première phrase d'un roman ... ) de Anna Karenine:
" Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses
CHACUNE à leur façon ."